Critique

« The Sinking City 2 » est gore, obscur et plutôt cool

Franziska Behner-Thang
17/8/2026
Traduction : Marie-Céline Berthou

Pourquoi se contenter d’une apocalypse de zombies alors qu’on peut aussi avoir des parasites, des colosses et des sirènes qui chantent ? « The Sinking City 2 » mêle occulte et horreur corporelle dans un mélange obscur et décalé qui fonctionne étonnamment bien.

Dès 2019, l’équipe de développement de Frogwares avait déjà démontré avec le premier chapitre qu’elle était capable de bien plus que d’imaginer des énigmes complexes pour les jeux Sherlock Holmes. Ce jeu d’aventure et de survival horror en monde ouvert a touché une corde sensible sur son créneau avec un score Opencritic de 69 %, malgré quelques défauts au niveau des graphismes et du gameplay. Le projet était ambitieux et loin d’être parfait. Malgré tout, je m’étais beaucoup amusé, car les visuels d’horreur n’étaient pas encore éculés.

Cela remonte déjà à plusieurs années et je n’ai plus tous les détails du premier opus en tête. Heureusement, cela ne posera pas problème ici, car The Sinking City 2 n’a qu’un vague lien thématique avec son prédécesseur. Comme The Sinking City comptait trois fins possibles, la transition ne peut de toute façon pas être impeccable. Le deuxième volet me propose d’incarner un nouveau protagoniste dans un environnement inconnu, permettant d’avoir un nouveau regard sur les événements.

Arkham sans Batman

Dans les années 1920, la ville fictive d’Arkham est frappée par le déluge déjà vu dans le jeu précédent et envahie par des créatures sanguinaires. Les habitants qui ne sont pas déjà morts sont évacués. En plus de la crue qui rend les routes impraticables et les bâtiments inhabitables, mes ennemis sont des monstres inspirés de H.P. Lovecraft.

Les rues d’Arkham étant inondées, il ne me reste que le bateau.
Les rues d’Arkham étant inondées, il ne me reste que le bateau.
Source : Frogwares

Je me glisse dans la peau de Calvin qui échappe à l’évacuation afin de venir en aide à sa copine. Tous deux se passionnent pour les rituels occultes, un passe-temps qui tourne soudain très mal lorsqu’un rituel raté plonge la copine de Calvin dans le coma. Tous les défis que je dois relever dans The Sinking City 2 ont pour but de la sauver.

Chaque partie de ce deuxième jeu repose sur un thème central, autour duquel s’articule le contenu des heures suivantes. Je tombe par exemple sur une sirène qui appelle à l’aide à grands cris. Pour la libérer de ses chaînes, j’explore le théâtre et découvre un plan inquiétant impliquant un massacre. Le travail de détective ne donne pas l’impression d’être dans un jeu Sherlock Holmes ; il s’intègre organiquement à l’exploration et se fait tout naturellement.

Calvin ne se laisse pas envoûter par la beauté et le chant de la sirène.
Calvin ne se laisse pas envoûter par la beauté et le chant de la sirène.
Source : Frogwares

Vers parasites et sources d’inspiration évidentes

Contrairement à son prédécesseur, The Sinking City 2 n’est pas un jeu en monde ouvert. Je me déplace la plupart du temps dans un bâtiment à plusieurs étages et dans les environs, avant de prendre le bateau pour rejoindre la zone suivante. Dès que je termine un chapitre et quitte la zone, je ne peux plus y retourner. Si je ne fouille pas minutieusement chaque pièce, je passe à côté d’objets importants, comme de nouvelles armes et les extensions de sac dont j’ai cruellement besoin.

Je suis rarement seul : des zombies rôdent dans tous les coins qui, dès qu’ils m’aperçoivent, se transforment en énormes boutons, m’offrant ainsi une cible rougeoyante. Mon pistolet, un fusil de précision et d’autres armes m’aident à les terrasser. Le tir est plus fluide et plus précis sur la PlayStation 5 que dans le premier volet sur PS4. Le combat au corps à corps est en revanche moins amusant : Calvin peut soit effectuer une attaque au pied, soit frapper. Les deux méthodes manquent de précision et je rate souvent ma cible.

Mieux vaut écrabouiller tous les grouillants.
Mieux vaut écrabouiller tous les grouillants.
Source : Frogwares

De nombreux vers rampent autour des cadavres ; soit ils sortent des corps, soit ils se rassemblent pour les infester (à nouveau). Ces créatures, appelées « grouillants », sont responsables de la transformation des cadavres en zombies. Si je ne veux pas avoir à tuer le même ennemi deux fois, je dois réduire ces parasites visqueux en bouillie avant de poursuivre mon chemin. Les adversaires vaincus ne donnent pas de loot. Seuls les coffres et les tiroirs me permettent d’acquérir de nouveaux équipements.

Outre des zombies de toutes sortes, je croise des créatures arachnéennes squelettiques, des personnages mystérieux et même une sorte de Mister X à la force surhumaine qui me poursuit de pièce en pièce. Contrairement à la créature dont il est inspiré, celle-ci est assez bête et perd complètement ma trace dès que je tourne au coin de la rue.

Moins Sherlock Holmes, plus d’énigmes

Les développeurs de The Sinking City 2 restent fidèles au style du premier volet et m’incitent constamment à faire travailler mes neurones. Il n’y a ni mini-carte ni repères de destination vers lesquels je pourrais me diriger sans réfléchir. Je découvre la prochaine étape en discutant avec des PNJ ou grâce aux indices dissimulés un peu partout. Les nombreuses énigmes sont pratiquement impossibles à résoudre au hasard. Je suis obligé de me pencher sur le lore et les textes que j’ai trouvés.

Pour résoudre l’énigme de l’obélisque près de l’église, je dois lire attentivement les indices et faire le lien entre eux. Les apparences sont trompeuses.
Pour résoudre l’énigme de l’obélisque près de l’église, je dois lire attentivement les indices et faire le lien entre eux. Les apparences sont trompeuses.
Source : Frogwares

Les documents que j’ai rassemblés révèlent des combinaisons de serrures, fournissent des informations sur les personnages et indiquent où trouver des personnes ou des objets. Au début du jeu, j’ai choisi le niveau de difficulté modéré pour les énigmes ; tous les points importants sont donc surlignés dans les lettres. Le tri des informations et la recherche de la bonne solution n’en restent pas moins exigeants.

Il n’est pas nécessaire de rassembler des documents dans un menu distinct pour progresser dans le jeu. Je peux trouver toutes les informations nécessaires moi-même. Faire le lien entre les bons indices me rapporte un peu de monnaie, que je peux utiliser pour améliorer mes compétences dans un arbre de compétences simplifié.

Un arbre de compétences un peu différent

L’Ombre de nuit, un masque que Calvin porte toujours sur lui, est un élément central de The Sinking City 2. Pour éviter tout spoiler, je ne dévoilerai pas pourquoi il trimballe cet objet partout avec lui. Au fil du temps, je débloque des bonus de combat et de régénération à sertir, à la manière de gemmes, sur le masque.

Calvin a toujours l’Ombre de nuit sur lui : ce masque lui confère des bonus et s’avère indispensable pour résoudre certaines énigmes.
Calvin a toujours l’Ombre de nuit sur lui : ce masque lui confère des bonus et s’avère indispensable pour résoudre certaines énigmes.
Source : Frogwares

Je peux modifier le masque à tout moment afin d’adapter ses compétences à mon style de jeu et aux défis à venir. Ce système remplace le traditionnel arbre des compétences et apporte une certaine profondeur de jeu, car je ne peux pas utiliser toutes les compétences en même temps.

Dérangeant, gore et étonnamment philosophique

Alors que The Sinking City était un immense monde ouvert peuplé d’hommes-poissons et d’autres personnages, The Sinking City 2 est un peu plus taiseux. Il n’y a qu’une poignée de PNJ, très peu de personnages et aucune mission secondaire interminable. Les personnages sont bien écrits et ont tous une histoire perturbante à raconter (grâce à un doublage anglais de qualité avec sous-titres).

Le genre d’horreur a changé par rapport au précédent opus. On y trouve toujours des monstres des profondeurs marines et des ennemis qui semblent tout droit sortis d’un roman de Lovecraft, mais pas que ! Des scènes extrêmement sanglantes alternent avec des histoires ésotériques, des images dérangeantes et des éléments d’horreur corporelle. Frogwares parvient à réunir ces éléments dans un tout cohérent qui me donne toujours envie de continuer à jouer. Certains événements et décisions peuvent paraître incohérents, mais la logique rigoureuse n’a généralement pas sa place dans l’occulte.

Si je ne fais pas attention, Calvin risque de se faire dévorer par les grouillants et autres monstres.
Si je ne fais pas attention, Calvin risque de se faire dévorer par les grouillants et autres monstres.
Source : Frogwares

« The Sinking City 2 » est disponible sur PC, PS5 et Xbox Series X/S. Ce jeu m’a été fourni par Frogwares.

Bilan

Un body horror réussi pour les fans du genre

The Sinking City 2 est un bijou occulte qui n’est pas destiné au grand public. Les vers jaillissant des globes oculaires, les sirènes narcissiques et les monstres marins apportent un vent de fraîcheur bienvenu dans ce genre. Si vous appréciez les jeux thématiques comme The Chant et les références évidentes à Resident Evil, vous aimerez The Sinking City 2 (même sans avoir joué au premier opus).

Le passage du monde ouvert du premier volet à la narration linéaire fait du bien à The Sinking City 2. Mon bateau ne peut que rarement dévier de sa route pour explorer les environs, ce qui me permet de rester concentré sur l’histoire. En revanche, les différentes zones sont conçues de manière très détaillée, proposent de nombreux chemins sinueux et des énigmes qui m’occupent longtemps. J’ai passé une bonne quinzaine d’heures à tenter de survivre aux divers cauchemars et parasites. Malgré quelques incohérences graphiques et un système de combat au corps à corps consternant, j’ai beaucoup apprécié ce jeu morbide et gore.

Pro

  • bonne version anglaise
  • priorité à l’horreur, le travail d’enquête est un détail
  • des énigmes captivantes
  • les armes à feu sont plus « propres » que dans le jeu précédent
  • personnages intéressants et originaux
  • le niveau de difficulté des énigmes et des combats se règle séparément

Contre

  • le combat au corps à corps est pratiquement inutilisable
  • textures qui vacillent et se rechargent
  • peu de possibilités d’exploration indépendante

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Petite, je n’avais ni Gameboy ni Super Nintendo. Ce n’est donc qu’à quinze ans que j’ai découvert l’univers du jeu vidéo. Depuis, je tente de combler mon retard par tous les moyens. Mais lorsque je vois le nombre de nouvelles sorties augmenter d’année en année, j’ai l’impression que toute l’industrie s’est liguée contre moi. 


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