Critique

« Directive 8020 »: une aventure spatiale qui tourne mal

Rainer Etzweiler
11/5/2026
Traduction : Elvina Tran

Avec « Directive 8020 », Supermassive Games passe des QTE horrifiques à un véritable gameplay axé sur la survie. Cette aventure spatiale souffre toutefois de scénarios bancals et à de séquences d’infiltration ennuyeuses.

La série The Dark Anthology de Supermassive Games fait partie de mes petits plaisirs coupables. J’apprécie tous les volets de cette franchise de jeux à embranchements, ainsi que The Quarry et bien sûr Until Dawn, même si tous les titres du catalogue du studio présentent des défauts évidents. Les scénarios sont superficiels, les personnages stéréotypés et le gameplay se limite le plus souvent à appuyer sur le bon bouton au bon moment, un ensemble de mécanismes qui n’a guère évolué depuis l’invention du QTE en 1983.

Pourtant, même les titres les moins réussis étaient une valeur sûre pour moi. Huit à dix heures de divertissement au niveau d’un bon film de série B, idéalement entre amis, pour pouvoir me moquer d’eux quand ils mènent leurs personnages à leur perte.

Directive 8020 a osé dévier de la formule bien connue, et s’est cassé le nez.

Plan B dans l’espace

Leonardo DiCaprio avait raison : le monde part en vrille à une vitesse qui rappelle l’empressement de l’acteur à rompre avec ses copines dès qu’elles peuvent légalement acheter de l’alcool. Dans Directive 8020, une catastrophe climatique non précisée rend la Terre inhabitable vers la fin du XXIe siècle. Il s’agit de trouver une nouvelle planète, et celle-ci se trouve à environ 12 années-lumière. Il incombe à une petite équipe de spécialistes de déterminer si elle sera effectivement le nouveau refuge de l’humanité.

Un nouveau monde accueillant ? Spoiler alert : pas vraiment.
Un nouveau monde accueillant ? Spoiler alert : pas vraiment.

L’aventure tourne court. Le vaisseau de l’expédition, le Cassiopeia, est frappé par une météorite quelques heures avant d’atteindre sa destination. Des intrus en profitent pour s’inviter à bord.

Dans l’intro, vous incarnez le technicien Tomas Carter (Frank Green) chargé d’enquêter sur les dégâts avec sa collègue Pari Simms (Anneika Rose). Si vous connaissez déjà les précédents titres de Supermassive Games, vous remarquerez sans doute rapidement que Directive 8020 se situe, sur le plan technique, dans une tout autre catégorie que ses prédécesseurs. Au point de vue graphique, cette aventure interactive rappelle, dans ses meilleurs moments, Dead Space, Cronos : The New Dawn et d’autres jeux d’horreur interstellaires. Les animations faciales ont été considérablement optimisées et ne donnent plus une impression de malaise.

Les personnages sont tous beaux.
Les personnages sont tous beaux.

C’est d’ailleurs le premier jeu de ce développeur où les personnages ne se manœuvrent pas comme des chars d’assaut sous sédatifs. La première impression est bonne. On ne peut pas en dire autant de l’appréciation des risques par les astronautes : ceux-ci réagissent à la situation avec désinvolture, donnant ainsi lieu à la première d’une série de décisions scénaristiques affligeantes (sur lesquelles je n’ai aucune influence). J’en viens à me demander si ces gens souhaitent même rester en vie.

Cette insouciance ne sera pas sans conséquences : Simms se jette comme une folle sur Carter et dans un premier temps, je ne sais pas ce qu’il advient de ces deux-là.

Un réveil difficile

Après le prologue, le reste de l’équipage se réveille de son hypersommeil. Le Cassiopeia est toujours endommagé, plusieurs systèmes ne fonctionnent que partiellement, et Carter et Simms sont tous deux absents de la réunion de crise. Ils communiquent bien à l’aide d’un bracelet de communication, mais leur comportement semble étrangement évasif.

La pilote Brianna Young (Lashana Lynch) est alors chargée de retrouver Simms. Ce n’est pas la place qui manque pour se cacher à bord du vaisseau : Directive 8020 propose les niveaux les plus vastes jamais vus dans tous les titres de la série Dark Anthology. En raison de la configuration des lieux, on trouve certes encore des zones en forme de couloirs, mais celles-ci sont régulièrement agrémentées de pièces spacieuses et de lieux optionnels. Il y a même un indicateur de quête qui me montre dans quelle direction l’histoire se poursuit.

La recherche de Simms me conduit dans un couloir technique où le jeu passe en vue à la première personne. Des bruits inquiétants et des effets lumineux sophistiqués créent une atmosphère oppressante qui renforce la bonne première impression.

On se sent à l’étroit.
On se sent à l’étroit.

Un jumpscare plus tard, je découvre le cadavre en décomposition de Simms et le procédé narratif principal est alors établi : la forme de vie extraterrestre est capable de prendre l’apparence des membres de l’équipage. Je ne peux donc faire confiance à personne. Tous sont suspects.

Inspiration cinématographique

Ça vous fait penser au film de John Carpenter The Thing ? Bien vu, c’est la même idée. Cela dit, pour être honnête, je tiens à préciser que Carpenter n’est pas non plus à l’origine du concept. On le doit à la nouvelle de John W. Campbell intitulée Who Goes There ?, publiée en 1938.

Ami ou ennemi ? À vous de décider.
Ami ou ennemi ? À vous de décider.

Si vous pensiez que le manque d’idées dans la culture pop était un phénomène récent, détrompez-vous : ça dure depuis près de 100 ans. Directive 8020 ne s’inspire pas seulement d’un seul classique, mais d’un large éventail d’œuvres : Alien, Event Horizon et d’autres incontournables du genre ont manifestement influencé le dernier opus horrifique de Supermassive. Hommage affectueux ou exploitation sans merci ? Cela dépendra de votre degré de bienveillance. Directive 8020 puise également son inspiration dans l’univers des jeux vidéo, et c’est là que ça coince pour moi.

Infiltration

Jusqu’à présent, les jeux de Supermassive reposaient sur une formule qui a fait ses preuves : vous passez d’une victime potentielle un personnage à l’autre, vous collectez des fragments d’information, écoutez des conversations, survivez à des séquences QTE et décidez ou non de tuer ceux qui croisent votre chemin. Si vous le souhaitez, vous pouvez jouer à cinq en mode coopératif. Directive 8020 reprend le cadre de base, mais en ajuste les détails : moins de tests de réaction, plus de place accordée aux dialogues. Les décisions n’ont pas d’effet immédiat sur le cours de l’histoire, mais leurs conséquences n’apparaissent parfois que plusieurs chapitres plus tard.

Il y a aussi quelques énigmes, même si j’utilise ce terme au sens très large. Dans neuf cas sur dix, il s’agit de trouver une batterie pour ouvrir une porte. La plupart du temps, elle se trouve à quelques pas de là. Les énigmes semblaient déjà déplacées dans The Devil in Me (2022), mais elles sont encore un peu plus énervantes ici, car il n’y a pratiquement aucune variété.

Mais le vrai problème, ce sont les séquences d’infiltration. La nouvelle fonctionnalité la plus mise en avant est un véritable fiasco, et chaque séquence se déroule exactement de la même manière : une pièce spacieuse avec quelques tables ou caisses à hauteur de hanches, au milieu desquelles se trouve un adversaire suivant un parcours fixe que je dois contourner. Si je me fais prendre, ce qui n’arrive pas souvent vu que l’IA est complètement nulle, je peux me défendre avec un outil. Je peux m’y reprendre autant de fois que je le souhaite, ce qui prive d’enjeu ces moments.

Vous passerez environ un tiers du temps de jeu dans cette position.
Vous passerez environ un tiers du temps de jeu dans cette position.

Ce qui constitue le point culminant du gameplay dans des jeux comme Outlast ou Soma se transforme, dans Directive 8020, en une expérience rétro sans relief qui donne l’impression de jouer à un jeu PlayStation 2 noté 5/10.

Je pourrais passer outre s’il s’agissait d’une interruption ponctuelle dans un gameplay plutôt minimaliste, mais les séquences d’infiltration semblent occuper un tiers du temps de jeu. C’est surtout dans les deux derniers chapitres qu’ils sont utilisés à outrance, ce qui transforme la finale en un exercice imposé répétitif.

Retour dans le passé

Le système Turning Points est lui aussi une nouveauté, mais il est bien mis en œuvre. Si vous ratez des séquences QTE ou si vous regrettez certaines décisions après coup, vous pouvez revenir en arrière à certains moments de la partie et réessayer. Trop facile ? Probablement, mais libre à vous d’utiliser ou non ce système : un mode « mort permanente » est toujours disponible.

Vous gardez un œil sur tout grâce au système Turning Points.
Vous gardez un œil sur tout grâce au système Turning Points.

Turning Points est donc moins un filet de sécurité qu’une fonctionnalité pratique pour les complétistes qui souhaitent découvrir toutes les issues possibles sans avoir se farcir six fois les mêmes chapitres.

Dans l’espace, personne ne vous entend crier « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? »

Les jeux à embranchements posent un dilemme narratif : plus j’ai d’options, plus il y a de variables pour les développeurs, et donc plus de risques que l’histoire déraille. Jusqu’à présent, Supermassive a plutôt bien maîtrisé le format. Cette belle maîtrise s’effondre avec Directive 8020. Il est évident que cette série s’appuie sur le fait que je mets mon esprit critique de côté dès le menu principal, mais cela ne fonctionne que tant que les failles du scénario ne deviennent pas la norme. Un écueil que Directive 8020 n’a pas réussi à éviter.

Le commandant Stafford reste sans voix.
Le commandant Stafford reste sans voix.

Dans les dernières heures, le jeu laisse la moitié de l’équipe sur le banc. Les personnages disparaissent sans crier gare et réapparaissent dans des endroits que l’on ne peut trouver plausibles qu’avec beaucoup de bonne volonté. Des décisions présentées comme des choix décisifs s’avèrent n’être que de la poudre aux yeux et ne m’offrent pas plus de liberté de choix qu’à un électeur nord-coréen. Les lacunes dans le contexte donnent moins l’impression d’un suspense voulu que d’un scénario incomplet.

La raison n’est un secret pour personne. En 2024, les fondateurs Pete et Joe Samuels ont quitté le studio et peu de temps après, plus de 130 membres du personnel ont été licenciés en deux vagues. Ce qui se passe à l’écran ressemble étrangement à ce qui s’est passé en coulisses : trop de manquements, trop peu de cohérence.

La série Dark Pictures tire sa force d’un mélange entre le charme sympathique des films de série B et une véritable passion. C’est suffisant pour créer une attraction de type train fantôme maison. Pour une aventure de survival horror ambitieuse, ça vous avance autant qu’une lampe de poche sur la Lune.

Directive 8020 est le mauvais jeu au mauvais moment, et malheureusement aussi un mauvais résultat pour un studio qui aurait cruellement besoin d’une réussite.

Est-ce la fin pour Supermassive Games ?
Est-ce la fin pour Supermassive Games ?

Pour ce test, le jeu m’a été fourni par Bandai Namco en version PS5. Il est disponible depuis le 12 mai sur PS5, PC et Xbox Series X|S.

Photo d’en-tête : Bandai Namco

Bilan

Une aventure spatiale qui tourne mal

J’attendais avec impatience la sortie de Directive 8020 depuis le premier teaser en 2022. J’aurais été content que Supermassive poursuive la série Dark Anthology dans la même veine. Ce n’est pas le choix qui a été fait. Au bout du compte, on se retrouve avec un jeu qui fait deux pas en arrière pour chaque pas en avant.

Le système des Turning Points est un ajout astucieux, mais il est gâché par une narration désordonnée et des personnages sous-exploités. Les améliorations techniques apportent une valeur ajoutée sur le plan de l’ambiance, mais celle-ci pâtit d’innombrables séquences d’infiltration.

Si le jeu parvient tout juste à obtenir la moyenne, c’est grâce au mode coopératif qui a été conservé, ainsi qu’à ses fondements qui sont assez solides pour compenser des choix de conception discutables. Une bonne partie de ce qui faisait le charme de la série a toutefois disparu dans Directive 8020.

Pro

  • techniquement joli, avec des animations parfois excellentes
  • grande rejouabilité
  • système Turning Points
  • mode coopératif

Contre

  • séquences d'infiltration
  • on perd le fil de l’histoire
  • les énigmes sont très rudimentaires
  • très répétitif vers la fin
  • les points forts de la série sont négligés
Atari Directive 8020 PS-5 Deluxe Edition (PS5)
Jeu vidéo
Nouveau
CHF49.90

Atari Directive 8020 PS-5 Deluxe Edition

PS5

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Au début des années 1990, mon frère aîné m’a légué sa NES avec le jeu « The Legend of Zelda», déclenchant ainsi une obsession qui perdure encore aujourd’hui.


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