
Critique
Brutal, sanglant et difficile : test de « Ninja Gaiden 4 »
par Domagoj Belancic

Une fois sur deux il est possible de grimper dans un jeu, mais aucun ne me fait autant suer que « Cairn ». En même temps ce jeu dégage une sérénité comme si je me trouvais moi-même seul au sommet de la montagne.
Ses bras et ses jambes tremblent comme si elle faisait une crise d’épilepsie. Le fait qu’il s’agisse que de crampes musculaires n’améliore pas beaucoup la situation. Je suis suspendu avec elle à une paroi rocheuse verticale d’une montagne abandonnée et le prochain plateau se trouve au moins dix mètres plus haut. Il pourrait tout aussi bien être à cent mètres. Ça fait bien longtemps que j’ai posé mon dernier piton. Si je tombe maintenant, c’est sûr que je ne survivrais pas.
Je n’ai plus le temps de tergiverser pour décider où placer mes mains et mes piedsm et pourtant chaque mouvement doit être sûr. Tout comme Aava s’agrippe à la paroi, je tiens ma manette avec mes mains moites comme si j’étais moi-même suspendu à cette paroi. Avec ses dernières forces, Aava finit par passer par-dessus la crête salvatrice et se hisse vers le haut. Nous poussons un profond soupir. Cairn me met complètement à plat, et c’est exactement pourquoi ce jeu est génial.
Entre Jusant, Peak et Chained together, les jeux d’escalade sont à la mode, mais aucun n’arrive à la hauteur de Cairn. Dans le jeu du studio français The Game Bakers, j’incarne la grimpeuse professionnelle Aava. Elle s’est fixé comme objectif d’être la première personne sur terre à gravir le légendaire mont Kami. Après un minitutoriel dans la salle d’escalade, direction les pics rocheux de cette majestueuse montagne. Je ne peux que deviner le sommet qui se cache derrière la couche de nuages.

Au plus tard depuis Assassin’s Creed, l’escalade fait partie intégrante d’innombrables jeux à succès. Cela dit, les acrobaties d’Enzio et Cie ont autant de points communs avec le vrai sport que le fromage d’Italie avec le vrai fromage. Cairn est d’un autre calibre. En effet, je commande individuellement les bras et les jambes d’Aava. Par défaut, le jeu sélectionne automatiquement l’articulation, mais en appuyant sur une touche, je peux aussi le faire manuellement. La commande d’Aava donne souvent lieu à des mouvements très drôles. Ça me rappelle beaucoup le jeu de navigateur QWOP dans lequel vous êtes chargé de faire franchir la ligne d’arrivée à un sprinteur à l’aide des touches Q, W, O et P. Dans Cairn, la physique est d’ailleurs étonnamment réaliste, même si les membres d’Aava effectuent parfois des acrobaties bizarres.

Il n’y a aucun marquage jaune pour m’indiquer la voie à prendre. Je suis livré à moi-même, sauf si je tombe sur une carte, qui m’indique des voies possibles. Le jeu ne me montre pas non plus quels endroits sont stables. Je m’en remets donc aux retours acoustiques d’Aava, aux vibrations de ma manette (particulièrement cool avec Dualsense de Sony, aussi disponible sur PC) et à l’intensité des tremblements de ses membres. Ensuite, il est grand temps de changer de prise ou de fixer un piton. Pour ce faire, j’appuie au bon moment sur une touche dans un mini-jeu et le piton se fixe dans la paroi de manière propre. Ce n’est qu’ainsi que plus tard mon robot grimpeur pourra les retirer en un seul coup. En effet, les pitons sont disponibles en nombre limité.

Le petit robot constitue le seul élément futuriste de ce jeu. Pour le reste, Cairn est très réaliste, tout comme l’histoire. The Game Bakers la racontent un peu au second plan. Aava reçoit occasionnellement des appels de sa petite amie qui prend de ses nouvelles ou de son agent qui veut des citations explosives sur son ascension. Ces conversations fournissent des indices sur les raisons pourquoi Aava s’est lancée dans cette entreprise périlleuse. Cette narration est agréablement discrète et ne prend jamais le dessus sur le cœur du jeu, à savoir l’escalade.

L’univers du jeu dessiné par The Game Bakers comporte des traits doux. À ma grande surprise, des êtres humains vivaient autrefois à ces hauteurs vertigineuses, et certains y vivent encore aujourd’hui. Je tombe parfois sur des indices de ce qui a été une civilisation, comme une salle de classe abandonnée au milieu de la montagne ou des ruines d’un temple dédié au mont Kami. Vu que le chemin vers le haut n’est pas linéaire, j’en rate beaucoup. J’adore. J’éprouve une sensation particulière, lorsque, après une escalade éprouvante, je me retrouve devant une petite niche de montagne avec des dessins muraux qui racontent une vie antérieure. L’espace d’un instant, j’oublie que je suis peut-être en train de grimper tout seul à des milliers de mètres d’altitude vers ma mort.
Avec ses bordures noires, Cairn mise sur un style de bande dessinée. Au début, le style semble un peu simple, mais dès que le titre du jeu s’affiche, un petit « Waouh » m’échappe. The Game Bakers créent régulièrement des moments impressionnants. La nuit j’admire le ciel plein d’étoiles qui semble à portée de main. Lors de tempêtes de neige, je me sens vulnérable face à la violence de la montagne. Et, au bord d’un petit lac j’apprécie le coucher de soleil. Chaque section d’escalade est unique.

Cairn possède de petits éléments de survie. Aava doit manger, boire et panser ses doigts ensanglantés. Ses ressources sont rares. Le robot grimpeur peut recycler les déchets pour en faire du magnésium. Cela me donne plus de stabilité pendant un instant. Il répare également les pitons d’escalade cassés. Les éléments de survie peuvent être désactivés dans les options.

On y trouve également d’autres aides comme une fonction de retour en arrière en cas de chute. Pour le sommet du mont Kami, je les ai activés avec gratitude. Même Alex Honnold (article en allemand) aurait jeté l’éponge. La manière de surmonter cette interminable phase finale sans aide constitue un vrai mystère pour moi. J’étais peut-être aussi un peu impatient, mais mon triomphe d’avoir atteint le sommet n’en a pas été trop affecté.

Cairn est disponible sur PC et PS5.
Je vous conseille de jouer à Cairn le plus longtemps possible sans aides de jeu. Avec son robot grimpeur et des pitons autovissants, ce jeu n’est pas un simulateur, mais les parois abruptes m’inspirent tout de même du respect. Le plein potentiel de ce jeu ne se déploie qu’avec la menace d’une mort certaine au moindre faux pas. J’ai rarement eu aussi peur que lorsque je perds l’équilibre juste avant d’accrocher la corde. Aava insulte alors le mont Kami presque aussi fort que je l’insulte elle devant ma télé, parce qu’elle me met les nerfs à bout.
Comme souvent dans ce genre de jeu, c’est d’autant plus gratifiant lorsque je parviens à escalader une paroi rocheuse qui paraissait infranchissable. Aava expire ensuite bruyamment de soulagement et je détache mes doigts crispés de la manette. Nous savourons un instant le calme et admirons le panorama de montagnes à couper le souffle. C’est à ce moment-là que je sais : l’ascension en vaut la peine. Cairn en vaut la peine.
Pro
Contre
Enfant, je n’avais pas le droit d’avoir de console. Ce n’est qu’avec l’arrivée du PC familial 486 que le monde magique des jeux vidéo s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je compense largement ce manque : seuls le temps et l’argent m’empêchent d’essayer tous les jeux qui existent et de remplir mon étagère de consoles rétro rares.
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