Dans les coulisses

L’équivalent de 20 tours Eiffel de vêtements jetés chaque année : une association veut créer un véritable circuit textile

Marc Engelhard
18/9/2026
Traduction : Aglaë Goubi

Galaxus est désormais membre de Fabric Loop. Cette association souhaite mettre en place un système de recyclage textile volontaire en Suisse. À cette fin, elle interpelle également les responsables politiques.

« L’habit fait l’homme », écrivait Gottfried Keller. Cette histoire-ci raconte exactement le contraire. Elle parle de celles et ceux qui veulent confectionner des vêtements, plus précisément des vêtements à partir de vêtements dont plus personne ne veut.

200 000 tonnes de vêtements et personne ne sait où disparaît la moitié

Fabric Loop est le nom de la nouvelle association qui souhaite mettre en place en Suisse un système volontaire de recyclage des textiles sur la base du volontariat. Galaxus en est également membre. Simone Alabor, directrice générale, fait le calcul : « Chaque année, 200 000 tonnes de textiles sont importées en Suisse. » Cela correspond à peu près au poids de 20 tours Eiffel, sous forme de jeans, de t-shirts, de chaussettes et de linge de lit.

Simone Alabor, dirigeante de l’association Fabric Loop.
Simone Alabor, dirigeante de l’association Fabric Loop.
Source : Fabric Loop

Une partie de ces montagnes peut être retracée. « 60 000 tonnes finissent dans les collectes de textiles et 40 000 tonnes dans les sacs poubelles », explique Simone Alabor. Il reste donc 100 000 tonnes. Une partie se trouve probablement dans des armoires, une autre est renvoyée et, éventuellement, une partie est acheminée vers l’usine d’incinération via les déchets professionnels. Le fait est que : « Nous ne savons pas exactement », déclare Simone Alabor.

On ignore également combien de textiles éliminés en Suisse seraient en réalité valorisables. Fabric Loop entend combler cette lacune. L’objectif de cette organisation sectorielle est d’atteindre un taux de collecte de 80 % de l’ensemble des textiles éliminés chaque année.

À Dintikon, Galaxus examine les vêtements retournés ; une partie des vêtements encore en bon état est donnée.
À Dintikon, Galaxus examine les vêtements retournés ; une partie des vêtements encore en bon état est donnée.
Source : Manuel Wenk

Tendance : en hausse

Ces 200 000 tonnes devraient encore augmenter à l’avenir. « Nous partons du principe que ce volume a tendance à augmenter », explique Simone Alabor. Une population plus nombreuse signifie davantage d’achats de vêtements.

À cela s’ajoute l’ultra fast fashion et le problème revêt une ampleur mondiale. Selon les données de l’UE, de plus en plus de textiles arrivent en Europe (en allemand), notamment en provenance d’Asie. Leur volume a atteint un niveau record (en anglais).

Cependant, une part croissante de ces textiles n’est pas éliminée dans l’UE, mais en Asie et en Afrique. Ils finissent là-bas dans des montagnes de déchets et polluent le pays (en allemand) ou bien ils sont vendus à des prix bradés (en allemand) sur les marchés locaux de vêtements.

Du système commercial au cycle

C’est là qu’intervient Fabric Loop. « Le système actuel est en réalité un système commercial », explique Simone Alabor. Il fonctionne de telle manière que ce sont surtout des vêtements qui sont collectés. Une partie de ces vêtements peut être vendue avec profit, c’est ce qui finance le système.

Ce qui ne peut pas être vendu représente un coût, et c’est précisément cela qui est en train de basculer, selon Simone Alabor. Les quantités augmentent, la qualité diminue, et les marchés à l’étranger ont évolué au détriment des collecteurs. « Aujourd’hui, les premiers conteneurs sont retirés et les communes doivent de plus en plus souvent verser des compléments de financement. L’avenir de la collecte des textiles est en jeu. »

Fabric Loop souhaite donc mettre en place un système circulaire : collecter en vue de la réutilisation tout en favorisant le recyclage. À l’avenir, la collecte ne concernera pas seulement les vêtements, y compris les chaussures, mais aussi les textiles d’intérieur et les vêtements de travail.

« Avec cette approche, même un drap-housse troué peut soudainement devenir une ressource, car il contient des fibres précieuses. » L’ensemble du projet sera financé par une contribution versée à l’avance, tout comme pour les déchets électroniques ou le PET.

Fabric Loop collecte, trie et prépare les textiles de manière à ce qu’ils soient adaptés aux installations de recyclage, ce qui donne à son tour une sécurité aux entreprises de recyclage, leur permettant ainsi d’investir davantage et de construire de nouvelles usines.

La politique doit aider à résoudre le problème des profiteurs

Tout comme pour le recyclage des appareils électriques, un problème fondamental se profile dans le domaine du recyclage textile. « Si tout le monde participe, tout le monde en profite. Si certains ne participent pas, tout le monde y perd », explique Simone Alabor, en faisant ici référence au phénomène des profiteurs.

Dès que le système sera en place, les clientes et clients l’utiliseront, que les fabricants ou distributeurs de textiles concernés y participent ou non. L’effet est doublement néfaste : le profiteur économise la contribution anticipée, tandis que les coûts augmentent pour tous les autres, car ils financent en partie ses textiles. « Les profiteurs peuvent faire s’effondrer tout un système ou, dans notre cas, empêcher qu’il ne voie jamais le jour. » Plus de 30 % du volume du marché du commerce textile suisse provient de plateformes en ligne étrangères. « Il n’est pas réaliste de penser qu’elles participeront volontairement à une solution sectorielle. »

C’est pourquoi Simone Alabor place ses espoirs dans les responsables politiques. Une motion déposée par la conseillère nationale zurichoise Regine Sauter exige que les producteurs et les distributeurs de textiles se chargent du recyclage, y compris les plateformes en ligne. « Sans cette motion, il sera nettement plus difficile de mettre en place une solution sectorielle. »

Quels sont les avantages qui vous concernent ?

Pour la société suisse, un système efficace présente de nombreux avantages. Une collecte qui ne s’effondre pas et qui n’a pas besoin d’être constamment soutenue par l’argent des contribuables, des tarifs moins élevés pour les sacs poubelles, car à l’avenir, les textiles d’intérieur pourront également être déposés dans les points de collecte, et surtout : un tri effectué en Suisse plutôt qu’à l’étranger. « Nous souhaitons accroître la valeur ajoutée régionale. » À cela s’ajoute un marché de l’occasion auquel Simone Alabor attribue un potentiel de développement notable.

La question des chiffons de nettoyage

Qu’est-il advenu, des innombrables organisations qui, autrefois, découpaient de vieux vêtements pour en faire des chiffons de ménage ? « Cela existe encore aujourd’hui », explique Simone Alabor. On continue de produire des chiffons de nettoyage et des matériaux isolants, mais, pour l’essentiel, pas ici. 98 % des textiles collectés en Suisse sont exportés, et leur valorisation s’effectue elle aussi en grande partie à l’étranger.

« Ce qui manque, c’est un recyclage fibre à fibre, c’est-à-dire l’utilisation des fibres recyclées sur le marché du textile. »

Un vieux t-shirt devient donc un chiffon de nettoyage, mais pas encore un nouveau t-shirt, et c’est précisément ce qui doit changer. Les gens recommencent à fabriquer des vêtements.

Pour rester informé des dernières actualités concernant le recyclage textile en Suisse, vous pouvez vous inscrire à la newsletter sur le site Internet de Fabric Loop.

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Je m’occupe de politique, d’économie et de société pour Digitec Galaxus. M’accommodant de mon syndrome de tsundoku, j’aime aussi accumuler des livres chez moi sans forcément les lire.


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