Traitement assisté par IA d'une capture d'écran d'interview réelle.
En coulisse

« The Mandalorian and Grogu » : Jon Favreau se confie sur le retour de « Star Wars » au cinéma

Luca Fontana
15/5/2026
Traduction : Rose-Hélène Moquet

J’ai réussi à décrocher une interview de 11 minutes avec Jon Favreau. Le créateur de « The Mandalorian » nous a parlé de la pression, de nouveaux départs et de sa très difficile position.

La première bande-annonce de The Mandalorian and Grogu sortie en septembre dernier ne m’a guère emballé. À l’époque, j’ai écrit que le film semblait être « un épisode de série interminable qui aurait mis ses habits du dimanche » (ce qui n’est pas un compliment). L’aspect visuel me semblait trop modeste pour ce qui se voulait le grand retour de Star Wars au cinéma.

Six ans après L’Ascension de Skywalker, cette nouvelle sortie en salles ne faisait pas franchement envie...

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de voir en avant-première les 30 premières minutes du film. Celles-ci ont au moins eu le mérite de me donner matière à réflexion. Le film s’ouvre sur une grande scène d’action qui n’a clairement pas été conçue pour un téléviseur de 65 pouces. On sent qu’on y a mis du budget et de l’exigence. Mon scepticisme n’a pas disparu, mais il s’est un peu adouci.

J’ai ensuite pu discuter en visio avec Jon Favreau, créateur et réalisateur de The Mandalorian.

L’interview a été enregistrée le 4 mai (« May the Fourth » pour les initiés).

« Nous sommes en position très difficile »

Je commence par aborder les réactions mitigées à la bande-annonce et les critiques sur l’aspect « série » en lui demandant si cela l’avait préoccupé et s’il s’était demandé, pendant le tournage du film, comment maintenir cet équilibre entre un véritable long-métrage et le style qui a fait le succès de The Mandalorian.

Le réalisateur sourit d’un air entendu. « J’ai appris à me concentrer sur l’essentiel », répond-il. « À faire le meilleur film possible. Si les gens l’adorent, super. Et si ce n’est pas le cas… ce n’est pas quelque chose qui se contrôle. » Il ajoute ensuite quelque chose qui me surprend : « En tant que réalisateur, on est toujours en position difficile. »

Le réalisateur et acteur Jon Favreau ne se laisse pas abattre.
Le réalisateur et acteur Jon Favreau ne se laisse pas abattre.
Source : Capture d’écran de l’interview

Je me rends compte que ce n’est pas une excuse, mais une description honnête de ce qu’est la réalisation d’un film : on passe des mois enfermés dans un tunnel, une pièce sombre, à consacrer toute son énergie à un projet, puis on l’offre au public. À partir de ce moment, il n’y a plus rien à faire.

Il décrit ce que l’on ressent lorsqu’un film ne remporte pas le succès escompté auprès du public à l’aide d’une métaphore simple : « Quand vous préparez un repas, et que les gens en laissent la moitié dans leur assiette, ça vous rend triste. Ce qu’on fait, on le fait pour rendre les gens heureux. C’est tout ce qui compte. »

Du jardinage plutôt que de la construction

Rendre les gens heureux. The Mandalorian a su le faire dès ses débuts. Surtout parce que, à l’échelle de Star Wars, cette série détonnait par son côté modeste. Pas en termes de budget, mais plutôt sur le plan narratif avec un personnage principal jusqu’alors inconnu, sans Jedi, Skywalker, ni destin galactique. On découvrait un aspect de l’univers Star Wars entièrement nouveau, et c’est justement ce qui rendait la série si rafraîchissante.

Au fil des saisons, la série a pris de l’ampleur, est devenue plus complexe et plus lourde. La saison 3 a ouvert des boîtes de Pandore qu’il va falloir refermer : Bo-Katan, la destruction du Sabre Noir, la renaissance de Mandalore. Din Djarin lui-même a même parfois été relégué au rang de personnage secondaire dans sa propre série.

Je me demande si c’était un choix délibéré ou si le « Mandoverse » n’est pas un piège dans lequel la série serait trop facilement tombée. « It’s a trap! », comme dirait l’Amiral Ackbar.

Dans la troisième saison, Din Djarin est parfois relégué au rang de simple figurant dans sa propre série.
Dans la troisième saison, Din Djarin est parfois relégué au rang de simple figurant dans sa propre série.
Source : Lucasfilm / Disney

Jon Favreau acquiesce : « Toute histoire devient plus complexe avec le temps. C’est pourquoi on voit sans cesse apparaître des remakes et des spin-offs : pour revenir à l’essence même de ce qui faisait autrefois l’essence de l’histoire. » Il me propose alors cette jolie métaphore fleurie : « Raconter des histoires, c’est comme entretenir un jardin. Parfois, il faut tailler. »

Le passage au format cinéma, dit-il, lui a justement offert cette possibilité de prendre un nouveau départ, peut-être même à l’échelle de toute la saga. La saison 1 y était déjà parvenue en nous présentant ce mystérieux chasseur de primes qui, après L’Ascension de Skywalker, était complètement inconnu du public.

Jon Favreau souligne toutefois que le fondement de The Mandalorian est resté le même tout au long des trois saisons : un guerrier aguerri et une petite créature semblant sans défense qui dépend de lui. « On l’a vu dans Léon, Logan ou encore À toute épreuve : c’est un archétype que le public apprécie. »

C’est bien pour ça que The Mandalorian and Grogu n’est pas une simple suite de la saga Star Wars, mais peut aussi servir d’introduction. Cela nous ramène au thème du nouveau départ : « Même ceux qui n’ont pas encore vu la série devraient pouvoir apprécier le film. »

Se rassembler devant le grand écran

Cela fait six ans que nous n’avions plus eu de nouveau Star Wars au cinéma. Ce n’était pas seulement pour des raisons pratiques : Les Derniers Jedi, Solo : A Star Wars Story et surtout L’Ascension de Skywalker ont été tellement critiqués par le public que plus personne n’osait investir de l’argent dans un nouveau film. Et encore moins quand The Mandalorian a démontré qu’une série Star Wars pouvait très bien fonctionner.

Je demande à Jon Favreau si Lucasfilm l’a supplié de ne pas gâcher ce retour au cinéma. Il rit : « Non. Mais on ressent quand même la pression, pas à cause de l’ampleur du projet, mais parce qu’on ne veut pas décevoir son public. »

Il va ensuite plus loin en expliquant qu’en réalité, Star Wars a toujours su rassembler les générations qui ont toutes grandi avec leur propre vision de la galaxie, que ce soit à travers la trilogie originale, les préquelles ou les suites et les séries.

Lors de la Star Wars Celebration, ces générations sont côte à côte et passent du temps ensemble. « De nos jours, c’est de plus en plus rare. On a notre propre algorithme, notre propre fil d’actualité, on regarde nos séries tout seul. Ma femme et moi regardons des choses complètement différentes, je m’en rends compte dès que je tombe par hasard sur son profil Netflix. »

Quand le cinéma fait les choses bien, il parvient à nous rassembler. C’est pourquoi le réalisateur américain continue de croire sincèrement et fermement en ce format.

Jon Favreau a-t-il réussi à me convaincre ?

Plus ou moins. Disons qu’il n’a pas réussi à me faire oublier mon scepticisme. Cet entretien qui, c’est logique, cherche avant tout à me vanter les mérites du film, n’aura pas su répondre aux grandes questions, par exemple de savoir si le film est vraiment adapté au grand écran sur le plan visuel, et pas seulement à une plateforme de streaming très coûteuse. Seul le film lui-même saura apporter ces réponses. En Suisse, il faudra attendre le 20 mai pour le voir débarquer sur grand écran.

Mais cette conversation aura eu le mérite de me confirmer que Jon Favreau sait d’où vient l’histoire et qu’il est à la fois conscient de ce qu’il faut tailler et de sa position difficile.

Peut-être que cela suffira pour le come-back que Star Wars mérite.

Photo d’en-tête : Traitement assisté par IA d'une capture d'écran d'interview réelle.

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J’écris sur la technologie comme si c’était du cinéma – et sur le cinéma comme s’il était réel. Entre bits et blockbusters, je cherche les histoires qui font vibrer, pas seulement celles qui font cliquer. Et oui – il m’arrive d’écouter les musiques de films un peu trop fort. 


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