
Critique
« Resident Evil Requiem », le chef-d’œuvre horrifique tant espéré
par Domagoj Belancic

Les jeux vidéo ne se résument pas à leur durée, plaidoyer contre la marchandisation de l’art vidéoludique.
Le nouveau jeu de tir de science-fiction de Capcom, Pragmata, figure d’ores et déjà parmi mes jeux préférés de l’année. C’est aussi un jeu très court : au bout d’environ 12 heures, le générique de fin défile et je pose ma manette. Et pourtant, je suis aux anges. Tout est parfaitement équilibré : le rythme soutenu et le contenu épuré se concentrent sur l’essentiel, le plaisir de jouer.
La durée des jeux vidéo est souvent sujette à controverse. Je suis d’ailleurs certain que la courte durée de Pragmata fait jaser, surtout que Capcom en demande le prix fort.
60 francs suisses/euros pour 12 heures de jeu, ça pose problème à bon nombre de personnes. Pour moi, ce débat dévalorise les jeux vidéo en tant que forme d’art et m’attriste.

Je trouve que le débat sur la durée des jeux pose problème à plusieurs niveaux. Avant de m’aventurer dans des sphères philosophiques, je vais commencer par un argument fondamental : tous les jeux n’ont pas besoin de durer mille ans.
Je suis convaincu que Pragmata serait bien moins bon si Capcom l’avait affublé de contenu et de mécanismes superflus, juste pour atteindre un certain nombre d’heures de jeu. Les jeux d’action-aventure linéaires axés sur l’intrigue, comme Pragmata ou, plus récemment, Resident Evil : Requiem, doivent être courts, sinon ils ne fonctionnent pas.

La concision de ces jeux est une conséquence logique de la conception et de la narration visées. Pragmata est super, il me surprend très tôt avec de nouvelles mécaniques de jeu et des révélations sur l’histoire. À peine ai-je pris mes marques avec le gameplay génial mêlant mini-jeux de piratage et tir que le jeu introduit une nouvelle idée qui change complètement la donne. Il serait absurde de délayer cette expérience si bien ficelée.
Qu’on se comprenne, je ne suis pas pour imposer un maximum de 12 heures de jeu à tous les jeux. Au contraire ! Je suis pour la diversité. Tout l’attrait d’un JRPG réside pour moi dans le fait de savoir que je vais plonger dans une aventure époustouflante. Je veux des mécanismes de jeu complexes, des histoires épiques, plein de quêtes secondaires et du grind. Réduire ce genre d’expérience à la longueur d’un Pragmata n’aurait aucun sens.

En bref, envisager la durée de vie du jeu comme un critère général de qualité est une erreur. C’est le genre et la conception du jeu qui déterminent sa durée. Certains genres existent pour nous prendre un maximum de temps et d’autres offrent sciemment une expérience brève mais intense.
L’un n’est pas « mieux » que l’autre. Et, plus important encore, l’un n’a pas plus de valeur que l’autre.
Dans les commentaires et les avis des utilisateurs et utilisatrices, la richesse du contenu d’un jeu est de plus en plus souvent mise en balance avec son prix. On estime que les jeux longs ont plus de valeur. Certains vont même à calculer un rapport francs/heure de jeu.
Des titres comme Pragmata (6 francs de l’heure) s’en sortent bien sûr moins bien que les jeux XXL comme Crimson Desert (0,8 franc de l’heure pour 89 heures de jeu). Une vision encore plus radicale s’installe : une heure de jeu ne doit pas coûter plus d’un franc, sinon passez votre chemin.

Je comprends d’où ça vient : le jeu vidéo est un loisir coûteux (merci l’IA !) et il est logique de réfléchir à ce pour quoi on dépense son argent. Mais cette mentalité pose problème à plusieurs égards.
Premièrement, il n’y a pas de corrélation entre la taille du jeu et les coûts de production. Même un jeu court peut coûter extrêmement cher à développer. Proposer un titre ambitieux aux graphismes sophistiqués comme Pragmata à un prix modique (ou, plus extrême encore, à 12 francs, car il dure 12 heures) n’a aucun sens sur le plan économique pour l’éditeur.
Deuxièmement, les jeux courts axés sur l’intrigue comme Pragmata, avec leurs défis optionnels et leurs modes Nouvelle partie+, offrent une grande rejouabilité. On a tendance à l’oublier dans le calcul.
Et troisièmement, point qui me semble capital : réduire tout ça de manière aussi arbitraire à de simples chiffres ne peut pas être une solution.

Dans cette approche en apparence rationnelle, les jeux vidéo se réduisent à de simples objets de consommation avec une certaine valeur d’échange. Il ne s’agit plus de l’expérience en tant que telle, mais plutôt de rester occupé le plus longtemps possible. Cela m’attriste et va à l’encontre de ce que j’aime dans les jeux vidéo. Aucun autre média ne m’a autant ému et ne m’a laissé autant de merveilleux souvenirs, quelle que soit la durée du jeu.
La marchandisation de cette forme d’art et sa réduction à une simple valeur d’échange me laissent donc un goût amer. Les jeux ne se résument pas à leur durée. Personne ne dirait qu’un film de trois heures vaut fondamentalement plus qu’un film d’une heure et demie. Ou qu’un livre de 1000 pages vaut plus qu’un de 500.
Ce qui compte, c’est la qualité du contenu, pas « d’en avoir pour son argent ».

Ces débats fallacieux sur le rapport qualité-prix envoient également de mauvais signaux aux éditeurs. Ils sont nombreux à constater que les joueurs souhaitent en avoir davantage pour leur argent. Même les jeux solo débordent désormais de contenu superflu et de services en ligne.
Chaque Assassin’s Creed doit proposer encore plus de contenu, afin de maintenir l’engagement des joueurs à un niveau aussi élevé que possible, même plusieurs mois après la sortie. Le temps que les clients d’Ubisoft passent sur le produit est plus important que le contenu en lui-même. Il faut blinder le jeu pour convaincre le plus de gamers possible que la nouvelle aventure du célèbre assassin vaut bel et bien 70 francs.
Est-ce que le fait d’être collé à sa manette plus longtemps est réellement mieux et a plus de valeur ?

Un dernier point pour finir : je ne souhaite attaquer personne avec cet article. J’entends bien le problème. Le matériel gaming est de plus en plus cher, les jeux sont de plus en plus chers. La vie est globalement chère, le monde part en vrille. Il est logique de réfléchir dans quoi nous dépensons notre argent durement gagné.
J’espère simplement que mon article incitera à repenser les choses et ouvrira un dialogue. Car pour moi, les jeux vidéo sont bien plus que le nombre de minutes obtenues pour chaque franc dépensé.
Ma passion pour les jeux vidéo s'est éveillée au jeune âge de cinq ans avec la Gameboy originale et a grandi à pas de géant au fil des ans.
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