Bungie
Point de vue

Le monde de « Marathon » est beaucoup trop beau pour un FPS d’extraction

Domagoj Belancic
10/3/2026
Traduction : Marie-Céline Berthou

Le nouveau jeu de tir en ligne de Bungie, Marathon, est sublime. Il est donc d’autant plus frustrant de ne pas pouvoir explorer cet univers dans une campagne solo.

Une tempête fait rage sur la planète Tau Ceti IV. Une pluie diluvienne fouette les bâtiments qui ressemblent à des ovnis dans ce paysage aride et extraterrestre. Des éclairs s’abattent de tous les côtés, illuminant de manière fugace le décor post-apocalyptique.

Je m’arrête un instant pour contempler le paysage.

« Marathon » est un chef-d’œuvre.
« Marathon » est un chef-d’œuvre.

Je continue tant bien que mal mon chemin en dépit des conditions hostiles. Ma mission ? Pirater un terminal dans un labo top secret. Mon stock de munitions est bien entamé et mon blindage est fêlé. J’entends des coups de feu et des explosions au loin, je ne veux pas m’en approcher.

J’arrive au laboratoire de recherche et trouve des recharges pour mon shotgun dans un coffre. Heureusement ! Trois robots assoiffés de sang montent la garde près du terminal. J’attaque par surprise et électrocute ces tas de ferraille grâce à mon superpouvoir. Je pirate ensuite le terminal et récupère des infos importantes.

Mission accomplie ! Il ne me reste plus qu’à trouver rapidement un point d’extraction pour fuir la planète.

Je veux rester ici encore un peu.
Je veux rester ici encore un peu.

Mais je ne veux pas partir tout de suite. Car une fois la mission achevée, je suis arraché à ce rêve merveilleux pour retrouver une triste réalité de live service.

Marathon me place devant un étrange dilemme : j’adore le contenu, mais je ne veux pas en faire l’expérience dans le carcan limitant d’un jeu multijoueur en ligne.

Cool ta vie

L’intrigue de Marathon me happe immédiatement. Sur la lointaine planète Tau Ceti IV vivait autrefois une colonie humaine. Aujourd’hui, seuls les ruines et les robots de sécurité qui patrouillent en témoignent. J’incarne un « runner » qui importe sa conscience dans une enveloppe cybernétique pour explorer la planète.

Mon but est de récupérer des ressources précieuses et de recueillir des informations sur la disparition de la colonie. En effet, on ne sait pas exactement ce qu’il s’est passé sur Tau Ceti IV. Des indices laissent penser à des attaques extraterrestres et à des conflits humains internes. Des IA renégates pourraient bien se cacher derrière tout ça, comme dans la trilogie originale des années 90.

J’adore ce genre de mystères. Cela me rend d’autant plus triste de ne pas pouvoir les élucider dans une campagne solo. Au lieu de cela, Marathon me sert cette histoire par bribes entre de brèves parties multijoueurs et des explications à rallonge sans intérêt sur l’univers.

J’aimerais tellement vivre l’histoire dans un jeu solo à caractère narratif !
J’aimerais tellement vivre l’histoire dans un jeu solo à caractère narratif !
Source : Bungie

Marathon est un jeu de tir d’extraction. En d’autres termes, l’objectif de chaque partie multijoueur est de collecter le plus gros butin possible sur une carte. Si je meurs, je perds tout. Si je parviens à quitter la planète sain et sauf, je garde le pactole. Entre deux runs (c’est le terme utilisé pour désigner les excursions sur Tau Ceti IV), différentes factions rivales me contactent pour me confier diverses missions. Certains veulent que je vole de précieuses données lors du prochain run, d’autres que je détruise du matériel.

En récompense, j’obtiens des informations sur l’histoire du jeu (mais beaucoup trop rarement).

Les différentes factions cachent leurs motivations secrètes.
Les différentes factions cachent leurs motivations secrètes.

En bon jeu live service, Marathon a l’intention de me scotcher à la manette le plus longtemps possible. Logiquement, je ne reçois que peu d’informations. Après tout, l’histoire de Bungie doit pouvoir durer des mois, voire des années.

Je comprends leur position et, pourtant, je ne peux pas m’empêcher de rêver d’un mode histoire.

Les cinématiques présentant les factions sont génialissimes, on en redemande !
Les cinématiques présentant les factions sont génialissimes, on en redemande !

Imaginez un peu cette histoire captivante racontée dans une campagne solo bien rythmée et axée sur le récit. Cela me fait inévitablement penser à des titres comme Metroid Prime où je me retrouve seul sur une planète inconnue, cerné par des robots et des bêtes qui veulent me tuer. Des indices dans l’environnement me permettent de découvrir petit à petit ce qui s’est passé. Je ne suis pas contraint par des sessions de vingt minutes et des explications sans âme sous forme de pavés de texte dans un menu. Je découvre à mon rythme des notes des survivants, j’écoute des enregistrements audio, je résous des énigmes et j’affronte des robots sanguinaires.

Ah, ça pourrait être si beau…

Faut vraiment que je lise tout ça ? Même si je trouve le lore passionnant, ces pavés de texte me rebutent.
Faut vraiment que je lise tout ça ? Même si je trouve le lore passionnant, ces pavés de texte me rebutent.

Beaucoup trop beau pour un multijoueur

En plus de l’histoire, je souffre aussi de voir à quel point l’univers du jeu est incroyable. Bungie a créé un bijou de science-fiction, bien trop beau pour être gaspillé dans un jeu live service.

J’aime particulièrement la façon dont le titre joue avec la lumière et les couleurs. Les mondes étrangers sont baignés d’une lumière qui n’a clairement rien de terrestre. Voyez plutôt cette lueur verte sur la map Dire Marsh. C’est du cinéma pur et simple.

C’est si beau.
C’est si beau.
Source : Bungie

À l’intérieur, des lampes colorées donnent au décor une atmosphère surréaliste. Je manque de superlatifs pour vous expliquer comme ça rend bien sur ma TV OLED de 83 pouces.

Du rouge.
Du rouge.

Les détails sont également convaincants : les ennemis touchés laissent une traînée de sang bleu lorsqu’ils rampent pour se mettre à l’abri. Logique, ce ne sont que des enveloppes cybernétiques et non des humains de chair et d’os.

Du bleu.
Du bleu.

Les bâtiments, les containers et les câbles aux couleurs vives et sursaturées forment des contrastes saisissants qui m’aident à me repérer. Marathon se démarque ainsi de la masse de jeux de tir et de science-fiction en créant une atmosphère unique.

Tellement de couleurs.
Tellement de couleurs.

La bande-son m’a également subjugué. L’ambiance sonore surnaturelle est composée de basses menaçantes, de sons de synthé lancinants et de voix inquiétantes.

C’est différent de tout ce que j’ai pu entendre dans des jeux jusqu’à présent.

Je donnerais n’importe quoi pour plonger seul dans ce monde de science-fiction unique. Le langage visuel du jeu (contrastes marqués, couleurs criardes) évoque un univers regorgeant de mystères. Tout a l’air captivant. Que cache ce bâtiment aux couleurs criardes ? C’est quoi ce truc rouge qui lévite au-dessus des marais ? Qu’est-ce qui m’attend au bout de ce couloir à l’éclairage glauque ?

Comme j’aimerais répondre seul à toutes ces questions et m’imprégner de l’atmosphère de cet univers de science-fiction coloré. Sans coéquipiers agaçants qui courent partout comme des pantins, font des teabags aux adversaires à terre et me crient dans les oreilles. Sans devoir me débattre avec des menus de live service pénibles après chaque run qui me font sortir de l’expérience, sans limite de temps. Juste moi et l’univers de jeu, juste moi et Tau Ceti IV.

Un rayon d’espoir

Je prie les dieux du live service pour que Marathon soit un succès. Peut-être que Bungie se rendra compte de l’immense potentiel de cet univers et nous offrira d’autres jeux solo qui l’exploiteront pleinement.

Je l’admets, la probabilité est très faible, Bungie étant synonyme de jeux vidéo en live service. Mais on a bien le droit de rêver ! Après tout, l’humanité a bien rêvé d’un nouveau départ sur Tau Ceti IV. En attendant, je continue à batailler dans de courtes parties multijoueur et des menus obscurs en espérant que Bungie réalise un jour combien ce monde est riche.

Photo d’en-tête : Bungie

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Ma passion pour les jeux vidéo s'est éveillée au jeune âge de cinq ans avec la Gameboy originale et a grandi à pas de géant au fil des ans.


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