Andreas Ernst est consultant en assurance à plein temps. La chasse est une de ses passions.
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CritiqueGaming

«The Hunter: Call of the Wild»: un jeu de simulation de chasse testé avec un vrai chasseur

Philipp Rüegg
Zurich, le 17.04.2017
«The Hunter: Call of the Wild» est un jeu de simulation de chasse. Pour éviter de me tirer dans le pied ou d’effaroucher tous les habitants de la forêt, j’ai fait appel à un vrai chasseur, qui nous expliquera aussi ce que le jeu et la réalité ont en commun.

On dit que «l’arbre cache la forêt». Et bien, chez moi, il cache le chevreuil. Ou était-ce un cerf? Je ne connais même pas nos animaux locaux, comment m’y retrouverais-je au milieu d’une réserve de chasse? Andreas Ernst, surnommé Dres, m’assiste. C’est un vrai chasseur. Pas un professionnel, mais un passionné. Dans l’Oberland bernois, son terrain de prédilection, il chasse principalement le chamois et le cerf rouge.

Aujourd’hui, il laisse son fusil chez lui et m’aide à abattre un cerf. Les infobulles du jeu m’ont déjà donné quelques indications. Nous ne sommes pas dans une vraie forêt, et je n’ai fait passer aucun fusil de chasse en Suisse. Non, nous sommes dans «The Hunter: Call of the Wild», un jeu de simulation qui prétend fournir la meilleure expérience de chasse qui soit. Si c’est bien le cas, les animaux de nos forêts n’ont plus de soucis à se faire. J’ai de la peine à atteindre une cible immobile à 300 mètres, voyons si je fais mieux dans le monde virtuel.

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Un chasseur doit avoir de nombreuses connaissances et tenir compte de nombreux règlements.

Je prends les commandes. Dres regarde par-dessus mon épaule, curieux. Ne possédant pas un ordinateur de gamer, ma résolution d’image est moyenne, mais cela n’empêche pas Dres de s’émerveiller: «J’aime cet endroit. Une épaisse forêt, des champs de fleurs qui dansent au grès du vent, de jolis pépiements d’oiseaux et le bruissement des feuilles.» J’acquiesce. Le développeur, Avalanche Studios, a parfaitement capturé l’ambiance d’une réserve de chasse. Une résolution d’image maximale doit vraiment mettre la nature en valeur. Encore faut-il avoir un ordinateur adapté.

Ce n’est pas un jeu pour les amateurs de détente

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N’en étant pas à ma première partie, j’explique rapidement le jeu à Dres. Il s’agit surtout d’abattre le plus d’animaux possible. Chaque tir victorieux est récompensé par des points d’expérience. La méthode et l’endroit où on a touché l’animal comptent aussi. Selon notre chasseur, «une balle de cœur est le tir parfait». Pourquoi pas une balle dans la tête? Elle est aussi mortelle. «Ce n’est pas éthique, c’est mal vu par les chasseurs.» Je décide de ne pas lui raconter comment s’est terminée ma première partie de chasse virtuelle. En tant que vétéran des jeux vidéo, je vise toujours la tête… Je ne peux plus effacer «Boom! Headshot!» de ma mémoire.

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Le jeu s’efforce d’être aussi réaliste que possible. Après le tir, il montre exactement où l’animal a été touché. Comme me l’explique notre expert, une balle de cœur donne le plus grand nombre de points. Mais encore faut-il y arriver. Nous avançons lentement à travers la forêt dense. Dans n’importe quel autre jeu, j’aurais déjà appuyé sur la touche Shift pour me mettre à courir, mais comme je n’ai pas envie de me ridiculiser d’emblée, je continue à marcher pour ne pas effrayer le gibier, peu importe où il se cache. Nous n’avons encore rien vu, mis à part quelques lapins et des oiseaux. Pour faire la conversation, je demande à Dres si je fais trop de bruit. «Oui, vous êtes beaucoup trop bruyant. Si vous chassiez vraiment des cerfs, ils vous auraient entendu depuis longtemps.» Que voulez-vous, je suis trop impatient. Même en marchant, vous pouvez effrayer vos proies, selon le sol sur lequel vous vous déplacez. Les craquements des buissons suffisent à faire pousser des cris d’alarme au gibier, ce qui m’aide au moins à le repérer.

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Les traces brillent pour qu’on les voies de loin.

Outre les traces qui vous donneront une vague indication de la direction dans laquelle se déplace le gibier, vous entendrez également ses cris, qu’il s’agisse de bramements ou d’appels de détresse. Lorsque nous avons entendu un renard roux aboyer à nouveau, Dres m’a précisé qu’on ne l’entendrait jamais aussi souvent dans une situation réelle. Le jeu doit bien faire quelques compromis entre réalité et plaisir. Personne n’aimerait passer des heures devant son écran à attendre que quelque chose se produise.

La patience est la plus grande des vertus… disent-ils.

Je désespère en suivant les traces sans fin de notre cerf. Je demande à Dres si la réalité rejoint la fiction. «Pas du tout. On peut trouver quelques traces, mais on ne les reconnaît jamais aussi bien que dans le jeu». Elles sont repérables dans la neige et la boue, mais pas dans les forêts ou les prés que le jeu nous propose. On se fie surtout à sa vision. Il faut aussi différencier la chasse à l’approche de l’affût, qui consiste à attendre sa proie depuis un endroit surélevé ou le sol, en ayant une bonne vue sur ses alentours. Une petite flasque d’alcool ne serait pas de trop, à mon avis.

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À l’inverse, «The Hunter: Call of the Wild» se concentre sur la chasse à l’approche, c’est-à-dire se déplacer furtivement et chercher activement sa cible, ce qui n’est pas très réaliste. Lors d’une vraie partie de chasse, le chasseur aurait depuis longtemps trouvé un endroit d’où guetter sa proie. «On ne se balade pas sans cesse dans les sous-bois.» Sans compter que j’ai la mauvaise arme. Je lance un regard interrogateur à mon fusil et à sa lunette de visée. «Si vous vous déplacez comme dans ce jeu, il vous faut avoir un fusil à plomb ou un fusil mixte pour pouvoir réagir rapidement si un chevreuil sort des buissons.» En fait, un fusil de chasse désigne toujours un fusil à plomb. Sur l’écran, je porte cependant une carabine, comme me l’indique Dres. Puisque je me suis habitué à utiliser ce terme et que je ne peux encore accéder à aucune autre arme, je continue ainsi.

Quelque chose bouge dans les buissons

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Après 45 minutes de jeu, j’aperçois un cerf à 50 mètres de moi. Il ne m’a pas senti, car le vent souffle dans ma direction. Les cerfs ont un odorat et une vue très développés, m’informe Dres. Je me rapproche très doucement. L’animal ne nous a pas encore remarqués, même si je me tiens debout comme un idiot en plein milieu de la forêt. Mais si je m’allonge, je ne vois rien d’autre que des broussailles.

Le cerf me tourne le dos. Je veux passer à l’action avant de le perdre pour ne pas l’avoir traqué si longtemps en vain. Par précaution, je demande à Dres si je devrais tirer. «En aucun cas. Vous ferez un cheni pas possible», me répond-il. Je lui demande s’il pense au bruit, tout en admirant l’arrière-train de la bête. «Non, à cause de son ventre.» Il est rempli d’herbe, qui se répandrait partout. Je ne pense pas que j’aurai à éviscérer ma proie, mais j’attends pour être sûr.

Le cerf se tourne lentement sur le côté. J’appuie sur la détente. Le sang ne gicle pas comme dans d’autres jeux, mais l’animal a sursauté. Je l’ai visiblement touché. Il disparaît d’un mouvement rapide. Je cours vers l’endroit où il se tenait et je vois des traces de sang, que nous nous mettons à suivre. «Il arrive qu’un animal touché coure encore 10, 20, voire 100 mètres», m’informe Dres.

Nous retrouvons rapidement l’animal. Il tourne en rond, furieux. Selon Dres, c’est un comportement très inhabituel. Je l’attribue à une erreur de codage. J’achève le cerf. Même à cette distance, Dres trouve que tirer avec cette arme n’est pas réaliste. «Tirer debout, surtout avec cette carabine à balles, revient à jouer au lotto. On risque trop de blesser l’animal.» L’arme devrait au moins être posée. Peut-être que je tire mieux que ce que je pensais, après tout.

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Ma performance est évaluée. Une radiographie en 3D me montre où mes deux balles ont touché l’animal. La première s’est logée dans l’épaule, la seconde les vertèbres dorsales, direct dans le dos. Pas mal pour une première fois.

Nous poursuivons

Nous continuons notre chasse. Arrivés dans un grand champ, Dres pense que devrais m’allonger et observer, immobile, l’orée de la forêt. Un animal pourrait surgir. Je m’exécute, tout en restant sceptique. Le gamer en moi est convaincu qu’il faudrait reprendre une chasse active et que nous devrions suivre des traces. J’entends un bramement et me relève rapidement. Le temps change tout d’un coup et des trombes d’eau s’abattent sur moi. Elles sont impressionnantes, mais elles facilitent apparemment la chasse, car elles dissimulent mes mouvements. «Par cette pluie, j’aurais depuis longtemps cherché un abri et grignoté quelque chose», me confie Dres. Mais notre chasseur virtuel ne craint pas la pluie et les refroidissements, nous poursuivons donc gaiement notre chemin.

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Les traces donnent quelques indications quant à la direction que prend l’animal.

Le temps se calme. Je remarque que quelque chose bouge à l’orée de la forêt. Suivant les conseils de Dres, je me couche et je rampe jusqu’à ce que l’herbe ne bloque plus ma vision. J’ai visiblement tourné en rond, car je me trouve à nouveau dans le champ où Dres m’avait recommandé de rester allongé. Chasseur 1, gamer 0.

Dres trouve que notre position est optimale, compte tenu de notre distance. Il estime que je me trouve à 150 mètres de ma cible. Mais l’animal est beaucoup trop petit dans ma lunette de visée pour que je sois sûr de mon coup. «Normalement, vous pouvez zoomer», m’explique Dres. Ah oui, je bouge la roulette de ma souris, et le cerf double de taille. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt? Je vise la poitrine, retiens ma respiration, et tire. Comme la première fois, l’animal sursaute et disparaît. Nous le retrouvons quelques mètres plus loin. Le compte rendu montre que j’ai touché le cou. Dres me dit que je vise bien. C’est ainsi que nous terminons la partie. Place au bilan.

Résumé

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À quel point «The Hunter: Call of the Wild» est-il réaliste?

«On remarque bien que c’est un jeu», me dit Dres. On ne se déplacerait jamais comme ça dans la forêt, et même si c’était le cas, il faudrait être équipé d’une arme différente. «La carabine est la meilleure arme», ajoute-t-il dans son dialecte de l’Oberland bernois. Il parle du fusil de chasse. Un vrai chasseur se met généralement à l’affût et attend qu’un animal s’approche.

Dans des conditions réelles, je n’aurais jamais touché un animal. Des branches ou des feuilles peuvent toujours influencer le tir. Et impossible de ne pas appuyer la carabine. Un vrai chasseur remarque la différence. Dres trouve aussi que le jeu manque d’action: «Nous avons énormément marché sans rien trouver. Il devrait y avoir beaucoup plus de gibier». L’environnement détaillé lui a par contre beaucoup plus. Il pourrait s’imaginer jouer à un jeu de ce type, si son chalet était doté d’une connexion Internet, et s’il avait un ordinateur.

Si «The Hunter: Call of the Wild» fait quelques compromis pour augmenter le plaisir des joueurs, c’est un jeu de simulation de chasse réussi. Personne n’a envie de passer sa journée devant l’ordinateur sans avoir eu une seule bête dans son champ de vision, ce qui arrive souvent dans la réalité. La chasse demande de l’expérience et de la patience. Il faut se déplacer très lentement pour espérer abattre sa proie. «The Hunter: Call of the Wild» est surtout un jeu de patience. Un très beau jeu de patience.

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The Hunter: Call of the Wild (PC, DE)
astragon The Hunter: Call of the Wild (PC, DE)

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Philipp Rüegg
Philipp Rüegg
Senior Editor, Zurich
En tant que fou de jeu et de gadgets, je suis dans mon élément chez digitec et Galaxus. Quand je ne suis pas comme Tim Taylor à bidouiller mon PC ou en train de parler de jeux dans mon Podcast, j’aime bien me poser sur mon biclou et trouver quelques bons trails. Je comble mes besoins culturels avec une petite mousse et des conversations profondes lors des matchs souvent très frustrants du FC Winterthour.

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