
Critique
Un chef-d'œuvre visuel : "MIO : Memories in Orbit" (Mémoires en orbite)
par Kevin Hofer

Les Tarsier Studios, créateurs des deux premiers volets de « Little Nightmares », sont de retour et nous resservent la même sauce avec « Reanimal ». La recette éprouvée s’agrémente cette fois d’une pincée de mode coopératif. Malheureusement, le gameplay est laissé de côté.
Je navigue lentement sur mon bateau à moteur dans les couloirs d’un bâtiment inondé et bombardé. Il fait sombre. Je ne distingue que des silhouettes. Tout à coup, un éclair déchire le paysage. Un truc a bougé là, non ? Je continue prudemment ma route. Soudain, une silhouette grotesque surgit devant moi, on dirait un cadavre gonflé par un séjour prolongé dans une rivière. Elle boit une gorgée dans une bouteille avant de glisser sans un bruit dans l’eau. Brrr, il faut que je quitte cet endroit.
Je pousse une porte et pénètre dans un immense hall. La caméra dézoome et révèle alors plusieurs de ces créatures qui se déplacent dans l’eau. Je mets le turbo. Vite, vite ! Au loin, entre deux mines marines, j’avise une autre porte… La liberté me tend les bras ! Je l’emprunte et entends une explosion une fraction de seconde plus tard. L’eau obstrue ma vue et coule le long de l’écran. Ouf, les monstres se sont fait hara-kiri tous seuls.

L’atmosphère de Reanimal est réussie, mais à part ça, le nouveau jeu de Tarsier Studios (les créateurs des deux premiers volets de Little Nightmares) n’est qu’une resucée de Little Nightmares. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi. Ne vous attendez cependant pas à un développement du jeu et les commandes, pourtant loin d’être irréprochables, n’ont pas évolué. Je suis aussi frustré par la mauvaise performance du jeu sur mon PC.
Reanimal est un jeu d’horreur en coopération. J’incarne le frère ou la sœur d’un duo de jeunes orphelins. Comme dans Little Nightmares, les deux portent des masques. Ils sont à la recherche de leurs trois amis et veulent échapper à l’horreur d’un monde ravagé par la guerre où ils sont pourchassés. Je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé.
Comme dans Little Nightmares, l’histoire est racontée par des images plutôt que par des mots. Cette fois, on bénéficie toutefois d’un peu de paroles. Le texte colle bien à l’action et les voix anglaises sont convaincantes. L’un des amis avertit le frère et la sœur qu’ils n’auraient pas dû revenir. Pourquoi ? On ne sait pas. Du moins au début.
Comme beaucoup d’histoires d’horreur, l’intrigue soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. C’est à vous de la reconstituer à l’aide de bribes. Si vous aimez les histoires dérangeantes, vous allez apprécier. Moi, j’aime bien, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Contrairement à Little Nightmares, l’histoire ne se déroule pas dans une autre dimension, mais dans le monde réel des enfants. Cela renforce l’atmosphère oppressante que crée le jeu. Autre différence : la représentation de la violence est plus explicite et plus crue dans le nouveau volet. Âmes sensibles, s’abstenir !
Reanimal est un véritable bijou cinématographique. La plage du début est filmée de loin, ce qui souligne l’immensité et la désolation du lieu. Lorsque ma sœur et moi sautons dans un tunnel, la caméra nous suit et je ne vois rien d’autre qu’elle dans la faible lueur de petites sources de lumière. Alors que nous essayons de nous faufiler derrière un adversaire, les phares puissants d’une voiture accentuent sa silhouette. Il nous domine de toute sa hauteur tandis que nous tentons de nous fondre dans l’obscurité.
Reanimal crée une atmosphère oppressante grâce à des angles de caméra intelligents et à l’éclairage. La réalisation semblable à celle d’un film est due au choix de la 3D (au lieu de la 2,5D comme dans Little Nightmares).

En dehors de ça, Reanimal brille par son esthétique. Les superbes décors sont variés. Pendant la première demi-heure de jeu, je passe de la mer à une plage déserte, à une usine désaffectée, à des toilettes publiques, à une mine et à un cimetière de trains. L’alternance entre l’ombre et la lumière impressionne et crée une atmosphère oppressante.
À cela vient s’ajouter l’excellente bande-son. Les grognements des ennemis, mes pas sur la plateforme métallique ou le craquement de la bobine de film dans le cinéma créent une atmosphère pesante. La musique reste toujours en retrait, mais sa présence constante permet de s’immerger profondément dans l’action.
Je reconnais la patte de Tarsier Studios dans le design des personnages et des ennemis. Je trouve que le premier antagoniste, appelé simplement « Sniffer », ressemble trop aux dessins de Little Nightmares. Les antagonistes suivants rompent quelque peu avec cette esthétique, même s’ils conservent de nombreux points communs.

Bien que Reanimal soit conçu pour le jeu en coopération, il est possible d’y jouer seul. L’ordinateur endosse alors le rôle de la jeune fille. Malheureusement, j’ai d’abord fini le mode histoire tout seul. Je dis malheureusement parce que cela anéantit le peu de gameplay présent.
Reanimal ne mise pas sur la mécanique de jeu. Contrairement à Little Nightmares, je pilote désormais des véhicules, comme le bateau. Je peux courir, sauter et interagir avec des objets, mais c’est tout. Ce dernier point ouvrirait de nombreuses possibilités, mais dans le jeu, cela se limite à chercher et à ramasser des clés ou actionner des leviers.

En mode co-op, Kim et moi devons au moins nous creuser la cervelle pour comprendre ce que le jeu attend de nous. Par exemple, je porte une manivelle et il doit m’ouvrir une porte. En mode solo, c’est l’ordinateur qui s’en charge directement, je n’ai pas besoin de me concerter avec quelqu’un. Cela devient particulièrement agaçant lorsqu’il faut s’enfuir. Lorsque je dois courir pour échapper à des adversaires surpuissants, ma sœur court simplement devant moi et m’indique ainsi le bon chemin pour me sortir du pétrin, même si en principe, je sais toujours ce que je dois faire.
Le gameplay simpliste est également limité par le fait que nous ne pouvons pas trop nous éloigner l’un de l’autre. Le jeu propose un mode co-op en ligne et local. Je trouve ça génial, mais les développeurs ont délibérément renoncé à l’écran partagé (en anglais). Ils veulent que nous vivions l’horreur ensemble et que nous ne nous séparions pas dans le jeu. Cela élimine hélas plein de possibilités de gameplay. Split Fiction, par exemple, serait loin d’être aussi bon si les protagonistes n’étaient pas obligés de se séparer de temps à autre.

Pour faire court : les développeurs ont voulu plaire à tout le monde avec le mode co-op et le jeu en solo, mais ils ont ainsi gaspillé un gros potentiel au niveau du gameplay. Indépendamment de ça, le gameplay reste plan-plan.
La mise en œuvre contient aussi quelques points faibles. Comme je ne dirige pas moi-même la caméra en dehors des séquences en bateau, j’ai parfois du mal à contrôler mes mouvements avec précision. À cela s’ajoutent des commandes lentes et parfois imprécises. À un moment donné, alors que je suis attaché à ma sœur, je meurs plusieurs fois alors que cela ne devrait pas arriver. En plus, je me suis heurté plus d’une fois à un mur invisible.

Comme si cela ne suffisait pas, je fais parfois face à des baisses de performance flagrantes. Sur les plans larges, le taux de rafraîchissement s’effondre, que ce soit sur mon PC gaming équipé d’une Ryzen 7 9800X3D et d’une Radeon RX 7900 XTX ou ma Steam Deck. Comme mon collègue Kim n’a pas rencontré de problèmes lors de la session en co-op, je suppose que le jeu n’a pas encore été optimisé pour Linux. Hélas, mes deux systèmes de test fonctionnent avec Linux, j’espère donc que l’optimisation ne tardera pas.
« Reanimal » est sorti le 13 février 2026 sur PS5, Switch 2, Xbox Series et PC. Le jeu m’a été mis à disposition par l’éditeur pour ce test.
« Reanimal » est un chef-d’œuvre audiovisuel qui captive par son atmosphère et sa mise en scène. La réalisation cinématographique, la bande-son grandiose et les décors variés m’entraînent dans un monde oppressant et effroyable.
Sur le plan ludique, le jeu reste bien en deçà de ses capacités. La volonté de combiner le jeu solo et le mode co-op affecte forcément la liberté créative. Le studio n’a pas eu le courage de réellement étoffer le concept éprouvé ou de tenter de nouvelles idées.
Les commandes bancales et les énormes problèmes de performance sur PC (du moins sous Linux) font le reste. Si vous avez aimé « Little Nightmares » et êtes toujours en demande, c’est ce que vous aurez, ni plus ni moins. Pour les autres, gardez à l’esprit que l’ambiance prime ici sur le gameplay.
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