
Les difficile débuts d’Apple dans l’ère de l’IA
Il y a deux ans, Apple promettait une nouvelle version de Siri qui ne vit jamais le jour. Aujourd’hui, la firme californienne nous présente à nouveau les mêmes fonctions, comme si de rien n’était et de manière précipitée.
Le 8 juin dernier, Apple a présenté son nouveau système d’intelligence artificielle (IA) qui offre davantage de fonctions ainsi que Siri AI. L’assistante virtuelle améliorée est censée mieux me comprendre et accomplir ses missions de manière plus fiable. Cool.
Mais j’ai comme une impression de déjà-vu. Et pour cause : Apple a déjà annoncé toutes ces fonctionnalités lors de la WWDC de 2024, à savoir une IA capable d’accéder au contexte personnel, une protection des données supérieure à celle de la concurrence et une nouvelle version de Siri capable de traiter bien plus que de simples commandes prédéfinies.
Tim Cook et ses collègues se sont bien gardés de le préciser et ont préféré nous (re)présenter le LLM Siri comme une véritable révolution. On cherche apparemment à nous faire oublier qu’il y a deux ans, cette révolution s’est finalement soldée en vaporware. Malgré l’un des plus importants budgets de l’histoire du capitalisme, Apple n’a pas réussi à tenir ses promesses en matière de modèles IA développés en interne. L’entreprise a même fait l’objet d’un recours collectif pour publicité mensongère. Au final, Tim Cook a sorti son plan B, une IA sous licence Google qu’il qualifie de « collaboration étroite ». On nous prendrait pas pour des idiots ?

Source : Capture d’écran Keynote Apple
De l’art de lire entre les lignes
Mais bon, admettons. On peut au moins espérer que Siri AI sera une véritable réussite pour cette deuxième tentative et qu’elle sera aussi vite lancée et aussi aboutie que ce à quoi les produits Apple nous ont habitués. N’est-ce pas ?
N’est-ce pas ??
Eh non : Siri AI, ce n’est pas pour tout de suite. La sortie ne se fera pas en même temps que le nouveau système d’exploitation prévu pour septembre, mais « plus tard dans l’année », en version bêta, uniquement en anglais et exclusivement pour les appareils équipés de puces récentes. Aucune sortie n’est prévue en UE ou en Chine. La longue liste de restrictions montre à quel point ce lancement est précipité, car Apple est sous pression.

Source : Capture d’écran Keynote Apple
Deux ans plus tard, ces fonctionnalités présentées ne m’impressionnent toujours pas. Siri peut effectuer des recherches, analyser des informations, envoyer des messages et créer des événements dans l’agenda. La prise en compte du contexte personnel fait partie des grandes nouveautés, mais elle ne fonctionne que sur les applis d’Apple. Siri n’aura donc pas accès aux informations provenant de Gmail, WhatsApp ou Outlook.
Une stratégie qui pourrait s’avérer payante, malgré un mauvais départ
Pour autant, tout n’est pas à jeter. L’intégration multiplateforme de Siri AI et d’autres fonctionnalités IA s’annonce prometteuse, tant sur le plan esthétique que technique. Certaines fonctionnalités, comme la modification automatique des mots de passe non sécurisés, semblent vraiment utiles. J’ai également été convaincu par les principes d’Apple en matière de protection des données, un argument de poids pour Siri AI par rapport à d’autres chatbots.
Tandis que d’autres géants de la tech dépensent des sommes colossales dans le développement de l’IA et les fermes de serveurs, Apple reste pour l’instant en retrait. Selon certaines informations, la licence de Gemini coûterait 1 milliard de dollars par an à Apple. Une bagatelle par rapport à la somme colossale que Google débourse pour rester le moteur de recherche par défaut sur l’iPhone.
La question de savoir si Apple pourra continuer à se procurer des modèles d’IA externes à des prix aussi avantageux dépend de plusieurs facteurs : la concurrence restera-t-elle aussi féroce ? Les modèles open source peuvent-ils rivaliser ? La firme californienne finira-t-elle par autoriser Google ou un autre acteur à monétiser nos requêtes Siri, comme c’est le cas sur le moteur de recherche ? Si tel est le cas, cette stratégie pourrait s’avérer efficace à long terme. Les débuts d’Apple dans l’ère de l’IA risquent toutefois de rester dans les annales de l’entreprise comme un véritable fiasco.
Nous parlons également de l’intelligence artificielle d’Apple dans le dernier épisode de notre podcast « Angefressen » (en suisse allemand) :
Mon empreinte digitale change régulièrement au point que mon MacBook ne la reconnaît plus. Pourquoi ? Lorsque je ne suis pas assis devant un écran ou en train de prendre des photos, je suis probablement accroché du bout des doigts au beau milieu d'une paroi rocheuse.
Vous lirez ici une opinion subjective de la rédaction. Elle ne reflète pas nécessairement la position de l’entreprise.
Tout afficher



