Critique de film

Critique de film : « Shang-Chi » apporte un vent de fraîcheur à Marvel

Luca Fontana
01.09.2021
Traduction: David Berthold

Je ne l’avais pas vu venir : « Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux » s’avère original et non suranné, du moins partiellement : pas facile de se renouveler pour Marvel Cinematic Universe dans ce qui constitue son 25e film.

La critique ne contient aucun spoiler. Vous ne lisez que des informations connues grâce aux bandes-annonces qui ont déjà été diffusées.


Lorsque Marvel a annoncé en 2019 qu’il allait faire un film de sa bande dessinée d’inspiration asiatique des années 70 « Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux », ce n’était pas vraiment la joie dans l’empire du Milieu. D’une part, en raison de l’accusation selon laquelle Marvel cherchait à ouvertement draguer le public chinois : la Chine constitue en effet un marché important pour les studios d’Hollywood, bientôt plus important encore que le marché intérieur du cinéma états-unien.

Pour conquérir les cinéphiles chinois, Hollywood compte miser sur des superhéros chinois.

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D’autre part, Marvel se voit reprocher le choix de ses deux personnages principaux. Enfin, le rôle du méchant sera tenu par l’acteur chinois Tony Leung, alors que celui du gentil est joué par le Canadien Simu Liu. Une « discirminiation » peut-on lire lire sur les réseaux sociaux. Personne ne se soucie que l’acteur soit d’origine chinoise.

Deux ans plus tard, « Shang-Chi » est maintenant une réalité. À l’affiche au cinéma, malgré la pandémie. Une décision des plus douteuses, selon certaines critiques. Mais c’est un autre débat. Après la déception de « Blackwidow », « Shang-Chi » s’avère être lui un franc succès.

De quoi parle « Shang-Chi »

Shaung (Simu Liu) n’est pas celui qu’il prétend être. Sa petite amie et collègue de travail Katy (Awkwafina) n’en a aucune idée. Comment pourrait-elle être au courant ? Elle connaît Shaun depuis dix ans. Il n’a jamais rien fait pour elle. Aucun conflit. Aucun des deux n’a fait quelque chose de sa vie. Leur quotidien est monotone : ils garent les voitures des riches visiteurs de l’hôtel et le soir, ils se saoulent dans les bars karaoké.

Cette vie sans intérêt prend fin lorsqu’un jour, une mystérieuse escouade de combattants surentraînés tente de tendre une embuscade à Shaun et Katy. Shaun se met subitement à mettre des tartes. Voilà pourquoi iil s’appelle en réalité « Shang-Chi » et a un père (Tony Leung) en extrêmement puissant.

Il devient vite clair que le père de Shaun n’est pas n’importe qui : il s’avère être le chef des Dix Anneaux, une organisation secrète qui convoiterait le pouvoir et la richesse depuis 1000 ans. Shaun, ou plutôt Shang-Chi, a pour une raison inconnue passé la moitié de sa vie à fuir les Dix Anneaux.

Enfin, ça, c'était avant.

Une bouffée d’air frais dans le Marvel Cinematic Universe

Le réalisateur nippo-états-unien Destin Daniel Cretton a été ambitieux sur le coup. Laissons de côté les questions sur la sortie au cinéma dans le contexte de la pandémie mondiale et les accusations de racisme et de discrimination. D’autant que Chine et liberté artistique ne font pas vraiment bon ménage. En dehors de tous ces éléments, « Shang-Chi » représente quelque chose de particulier : le 25e film de Marvel Cinematic Universe (MCU).

Pour le réalisateur Cretton, cela veut dire : « Montre-nous du nouveau », des éléments pas encore vus une multitude de fois dans les films précédents. Mais tout de même, il convient de ne pas trop s’écarter de la formule : « superhéros + action + cinéma + plaisir + humour ». Ou quelque chose comme ça. Identique, différent, mais toujours identique.

En fait, Destin Daniel Cretton réussit avec brio ce que « Blackwidow » n’est pas parvenu à faire : apporter un vent de fraîcheur au MCU.

Simu Liu dans le rôle de Shang-Chi
Simu Liu dans le rôle de Shang-Chi
Marvel Studios

Commençons par l’action, les combats, ou plutôt : l’art du combat, plus connu sous le nom d’art martial. Vous n’avez jamais rien vu de tel. Pas dans un film Marvel, ni même dans une série Marvel : la série Netflix « Daredevil » s’en approche. La scène de trois minutes, en un seul plan, de la bagarre dans le couloir fait toujours partie des meilleurs divertissements télévisés jamais produits.

Les combats dans Shang-Chi sont rapides, délicats, créatifs et chaotiques à la fois. Imprégné de l’ambiance des premiers films de Jackie Chan, où l’acteur chinois de Hong Kong utilise tout ce qui se trouve dans son environnement pour repousser des hordes d’ennemis même sa propre veste. C’est tellement typique de Jackie Chan. Shang-Chi le fait également tout le temps.

Je n’y peux rien : quand je vois ce genre de scènes, je dois essuyer mes larmes de joie. Voilà exactement le type d’arts martiaux que j’espérais après la sortie des premières bandes-annonces et je l’obtiens tout au long de la première partie du film.

De plus, le réalisateur Destin Daniel Cretton n’a pas seulement copié sur Jackie Chan, mais aussi sur les films traditionnels d’arts martiaux chinois, par exemple « Crouching Tiger, Hidden Dragon » ou « Hero ». Rien de surprenant à cette décision : si l’actrice de « Crouching Tiger, Hidden Dragon » Michelle Yeoh faisait partie du casting de « Shang-Chi », je ferais pareil.

Car là où Shang-Chi représente le jeune et féroce combattant à la Jackie Chan, les flashbacks montrent surtout son père, terrifiant, brutal, mais en même temps gracieux et élégant. Son histoire s’étend sur plus de 1000 ans. Dans ses combats, la caméra flotte souvent dans de magnifiques décors asiatiques opulents de l’ère féodale. Durant le film, les acteurs traversent les scènes sur des câbles totalement effacés par la suite, courent le long des murs et exécutent une sorte de danse poétique avec leurs homologues dans des duels.

Tony Leung dans le rôle du père, Fala Chen dans celui de Jiang Li
Tony Leung dans le rôle du père, Fala Chen dans celui de Jiang Li
Marvel Studios

Ce que j’aime encore plus, c’est la façon dont Destin Daniel Cretton ne s’éloigne jamais de sa vision d’ensemble de l’action Pas même dans le plus petit des espaces. Le summum de la direction de caméra. Soyons clairs : en 25 films Marvel, les combats au corps à corps n’ont jamais été aussi bien mis en scène et autant saisissants que dans « Shang-Chi ».

Malheureusement, les vieux démons reviennent

Après la première partie, presque parfait, j’étais sûr que « Shang-Chi » serait super, peu importe la suite. Néanmoins, je ne suis pas sorti du cinéma aussi euphorique.

La deuxième partie, nettement plus lente, mais nécessaire, n’est pas à blâmer. Surtout après le rythme infernal de la première partie. L’histoire doit respirer, tout comme moi. Le temps de développer les personnages est arrivé. Le père de Shang-Chi, joué par Tony Leung, en bénéficie fortement. Je ne vais pas vous spoiler la raison. Je peux juste dire ceci : enfin un autre méchant de Marvel vraiment bon et accessible dont la présence ne sert pas uniquement à sublimer les gentils.

La troisième partie constitue la raison de mon sentiment mitigé. On a l’impression que « Shang-Chi » se souvient subitement qu’il reste un film Marvel. Tout à coup, on a droit à la tempête d’effets CGI extraordinaires.

Un air de « Dragonball».
Un air de « Dragonball».
Marvel Studios

Honnêtement, Marvel, ce n’est vraiment pas nécessaire. Pas toujours. Dans « Avengers : Endgame », ça peut coller. La fin marquante d’une époque. Je peux le comprendre.

Mais déjà dans « Blackwidow « , pourtant commercialisé comme un thriller d’espionnage, le studio avait opté pour un bombardement CGI complètement vain. Et « Shang-Chi » le surpasse même. Ce changement ne colle pas du tout avec le « petit » film qui m’a été présenté auparavant. Surtout lorsque les personnages volent soudainement comme dans « Dragonball » et lancent des Kaméhaméhas.

Dommage ! La retenue a parfois du bon.

Marvel a enfin compris l’humour

Malgré le bombardement CGI, les arts martiaux n’y sont pas non plus complètement perdus. Dieu soit loué. Tony Leung peut en particulier vraiment se défouler. Comme je l’ai dit, c’est sa perspective sur la chose qui est au moins aussi enthousiasmante que celle de Thanos dans « Avengers : Infinity War ».

En face de lui se trouve le véritable acteur principal : Simu Liu, à la fois charismatique et sympathique à la fois. J’aime ce personnage. Mais j’apprécie encore plus son acolyte humoristique, Katy, interpretée par Awkwafina et vraiment marrante. Pas à la manière typique de Marvel, où l’humour sert généralement à rompre les moments sérieux et émotionnels ce qui constitue d’ailleurs une véritable absurdité. Comme si quelqu’un chez Marvel ne faisait pas confiance au jeune public avec quelque chose comme, et bien, des sentiments.

Non, Awkwafina a le sens du rythme et fait preuve d’humour quand c’est nécessaire à l’histoire. En revanche, elle se tait durant les scènes d’émotion. Merci !

Awkwafina en Katy
Awkwafina en Katy
Marvel Studios

Seule la sœur de Shang-Chi, Xia Ling, interprétée par Meng’er Zhang, est un peu délaissée au niveau du scénario. À un moment donné du film, un personnage lui met même un couteau dans la main et lui dit quelque chose comme « Il est temps pour toi de sortir de l’ombre », comme si le personnage était pleinement conscient du rôle mineur que Xia Ling avait joué jusqu’alors.

Il ne faut bien sûr pas manquer les quelques caméos de personnages connus des précédents films Marvel. Je vous recommande de ne pas vous auto-spoiler : laissez-vous plutôt surprendre. C’est beaucoup plus drôle quand lesdits personnages se retrouvent tous en même temps.

Bilan : « Shang-Chi » a de petites faiblesses, mais rien de grave

Malgré un troisième acte trop opulent, « Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux » s’avère très amusant et, grâce aux arts martiaux, apporte un épatant vent de fraîcheur à l’univers Marvel.

Les combats sont géniaux, les chorégraphies frôlent la perfection, les plans de caméra sont jolis, le tout saupoudré d’une musique subtile aux accents asiatiques. Un véritable festin pour les fans de Marvel. Ce film est tout sauf une déception.


« Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux » est disponible au cinéma à partir du 2 septembre. Durée du film : 132 minutes.

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Vivre des aventures et faire du sport dans la nature et me pousser jusqu’à ce que les battements du cœur deviennent mon rythme – voilà ma zone de confort. Je profite aussi des moments de calme avec un bon livre sur des intrigues dangereuses et des assassins de roi. Parfois, je m’exalte de musiques de film durant plusieurs minutes. Cela est certainement dû à ma passion pour le cinéma. Ce que j’ai toujours voulu dire: «Je s’appelle Groot.» 


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