Critique

« 007 First Light » : le meilleur jeu James Bond depuis « Goldeneye »

Philipp Rüegg
26/5/2026
Traduction : Anne-Salomé Evéquoz

« Goldeneye » peut enfin prendre sa retraite au bout de 30 ans. Avec « 007 First Light », IO Interactive, les maîtres qui se cachent derrière « Hitman », offrent l’expérience Bond ultime que les fans attendaient depuis le classique de Nintendo 64.

« Bond, James Bond. » Lorsque, au bout de tout juste dix heures de jeu, cette phrase culte est prononcée, je souris avec satisfaction comme un méchant dans son antre volcanique. J’ai dû attendre longtemps pour qu’un jeu fasse enfin de nouveau honneur à cette franchise.

Après une traversée du désert marquée par des échecs tels que 007 Legends, le studio danois IO Interactive réussit un véritable tour de force. Le jeu capture parfaitement l’esprit des films : de la nostalgie des classiques au cinéma d’action moderne, le tout dans une aventure d’espionnage captivante.

James Bond vs ordinateur quantique

La couverture le révèle déjà : dans 007 First Light j’incarne un jeune James Bond. Au début, il n’est pas encore un agent 00. Ce n’est qu’après avoir, lors d’une mission, désobéi aux ordres à la manière classique de James Bond et sauvé des prisonniers d’une mort certaine que le MI6 remarque son talent naturel. Pour ce faire, il doit réduire en cendres un précieux artefact ? Ce n’est qu’un dommage collatéral pour la reine et la patrie.

De retour à Londres, James Bond apprend de M que les services secrets misent sur le soutien numérique de l’ordinateur quantique Theia. Celui-ci a estimé que l’approche sans pitié de Bond n’avait qu’une infime chance de réussir qui s’élevait à 1 %. M est donc convaincue que l’élément humain reste indispensable. Elle envoie donc James Bond à Malte pour sa formation commune avec six autres futurs agents.

Une pièce remplie de zéro.
Une pièce remplie de zéro.

L’étape de Malte sert de tutoriel, mais tire en longueur comme un interrogatoire mené par le Spectre. Le jeu aurait aussi pu me faire découvrir les compétences de Bond au cours des missions. Au moins, je fais la connaissance de mes compagnons. Le trio qui se forme autour du futur agent se livre à un charmant échange de piques, tant verbales que physiques.

L’acteur irlandais Patrick Gibson incarne le jeune casse-cou rebelle avec brio. Son sourire malicieux rend en particulier l’essence du personnage. Comme on pouvait s’y attendre, ce James Bond a toujours le mot juste pour chaque situation délicate. Bien qu’au début il n’atteigne pas encore tout à fait le charme stoïque d’un Craig ou l’humour pince-sans-rire d’un Moore, il gagne en assurance au fil du jeu.

Terrain de jeu pour espions

Lorsque les futurs agents reçoivent leur première mission alors qu’ils sont en sortie, le jeu s’accélère gentiment. Au lieu de trinquer à leur soirée libre, ils doivent collaborer et retrouver quelqu’un. Pour ce faire, je peux me déplacer librement dans le club.

La soirée des jeunes agents est brusquement interrompue.
La soirée des jeunes agents est brusquement interrompue.

Tout d’abord, il faut infiltrer l’espace VIP. C’est ici que brille l’expertise Hitman d’IO Interactive. Il existe d’innombrables chemins pour atteindre l’objectif. J’obtiens de nombreuses informations grâce à des techniques d’espionnage classiques : j’écoute les conversations des clients et du personnel, je découvre des mots de passe ou l’endroit où est caché le tampon d’accès.

J’opte pour la discrétion. C’est là que les gadgets de Q entrent en jeu. Avec ma montre, je pourrais injecter un poison à l’employée pour la distraire rapidement. Mais vu qu’elle est charmante, je préfère manipuler le système des haut-parleurs. Un bref instant de confusion suffit et je suis dedans sans que personne n’ait rien remarqué.

Dans l’espace VIP, je localise rapidement ma cible. J’extrais les données en piratant son smartphone. Pour ce faire, ma cible ne doit jamais se trouver à plus de quelques mètres de moi. Juste avant que le piratage ne soit terminé, elle se réfugie dans une zone encore plus réservée. Je mise donc sur la plus grande arme de Bond : son pouvoir de persuasion. Grâce aux points de concentration que j’ai accumulés, je me faufile tranquillement sous le nez du personnel qui garde l’entrée. J’aurais aussi pu me déguiser en serveur ou me faufiler par l’entrée des livraisons. Les missions offrent une grande liberté de jeu.

Que les jeux commencent

La mission que j’ai pu découvrir à la Gamescom représente le premier véritable moment fort de 007 First Light. Il s’agit de la première mission officielle de cette équipe d’agents. 009 a changé de camp. Lors d’un tournoi d’échecs extravagant organisé dans un château slovaque, nous devons contrecarrer ses plans. Déguisé en chauffeur, je slalome à travers un petit bois et dépose mes collègues à l’entrée du château. Cependant, Bond en a vite marre de rester sur le parking. Lorsqu’il aperçoit un groom en train de jeter une valise par-dessus la balustrade d’une manière pour le moins suspecte, il passe à l’action.

La mission slovaque marque véritablement le début du jeu.
La mission slovaque marque véritablement le début du jeu.

La propriété comprend une immense bâtisse de plusieurs étages avec des jardins et des caves. Pour pouvoir poursuivre le groom, je dois tout d’abord accéder à la salle où se déroule l’événement. En tant que chauffeur, on ne me laisse pas entrer. La méthode la plus directe serait de tirer une flèche empoisonnée sur le gardien et de me faufiler à l’intérieur, mais c’est trop ennuyeux. En plus je devrais ensuite collectionner de nouveau des produits chimiques pour charger la compétence.

Je choisis plutôt de me faufiler le long d’une balustrade, passe à côté du garde qui est en train de fumer et jette un briquet dans une poubelle remplie de feuilles mortes. L’incendie qui se déclare me permet de passer tranquillement la porte d’entrée.

Particulièrement rafraîchissant : les erreurs n’entraînent pas immédiatement un game over. Dans la buanderie, après avoir détourné l’attention d’un garde à l’aide d’un aspirateur et m’être faufilé derrière lui, je me retrouve nez à nez avec son collègue. Les coups pleuvent avant même que je me rende compte que j’aurais pu me défendre verbalement. Au lieu de me renvoyer à un checkpoint, le jeu continue tout simplement. Mes adversaires peuvent certes appeler des renforts et, tôt ou tard, je finis généralement par être submergé, mais pour l’instant, la mission continue.

Bond a toujours l’oreille qui traîne.
Bond a toujours l’oreille qui traîne.

Au shaker, pas à la cuillère : l’action

Les combats sont agréablement fluides et je peux rapidement réagir à des attaques spéciales. Même quand je m’excite sur le bouton de frappe, je peux parer ou éviter une frappe au dernier moment. Les bastons n’ont rien à envier à celles des films. J’utilise ce qui se trouve autour de moi pour fracasser des têtes dans les vitres des armoires. Je jette un fer à repasser sur un adversaire qui m’attaque et mets hors combat un autre avec ma montre laser.

Les fusillades, savamment orchestrées, dans lesquelles Bond obtient le permis de tuer, me tiennent encore plus en haleine. Les adversaires m’encerclent, mitraillent ma position et me lancent des grenades. Ils me mettent vraiment la pression. La tactique classique qui consiste à attendre de voir apparaître leurs têtes ne fonctionne pas. Ici aussi, je tire parti de ce qui m’entoure. Grâce aux gadgets de Q, je transforme des extincteurs ou des armoires de commande en pièges mortels. Ou je tire sur une série de tonneaux et de bidons rouges qui ont aussi le vent en poupe chez les sbires de Bond. Qui peut leur en vouloir ?

Dans ce jeu, on tire relativement peu.
Dans ce jeu, on tire relativement peu.

Une fois que la pièce est clean, on continue sans que l’alerte soit immédiatement lancée dans tout le château. Ce n’est certes pas toujours logique, mais cela permet de maintenir un bon flux de jeu. L’IA n’est d’ailleurs pas toujours la plus maligne et parfois les adversaires ne remarquent même pas lorsqu’un de leurs collègues tombe dans le vide à cinq mètres d’eux. Que la Suva s’en charge.

Humour « british » et gadgets sur mesure

L’humour typique de cette franchise est au rendez-vous. La plupart du temps, Bond est en contact par radio avec ses co-agents ou Moneypenny, qui l’aide depuis la centrale. Presque toutes les situations sont commentées par une réplique qui est parfois un peu plate, mais souvent drôle. Par exemple, Bond dit à Moneypenny au moment où il fait la connaissance d’une généticienne charmante :

  • Bond : J’aime les femmes qui font des expériences.
  • Moneypenny : Mon Dieu, James !
  • Bond : Parce que c’est une scientifique.

Exactement à mon niveau. Avant les missions, je fais un détour au laboratoire de Q. L’inventeur en chef du MI6 me présente ses nouvelles inventions. Digne de James Bond, je ne peux m’empêcher de passer dans les autres stations et de tout toucher. Ici je déclenche un siège éjectable, là je détruis un drone qui vaut plusieurs millions et un collègue perd presque la vue, car j’allume sa lampe de bureau qui est en réalité une grenade aveuglante. Pourquoi ne m’a-t-on pas encore viré ?

Q a toujours le gadget idéal pour moi.
Q a toujours le gadget idéal pour moi.

Pour chaque mission, je choisis trois, et plus tard quatre, gadgets de Q. Mes préférés sont le téléphone à fléchettes, qui donne la nausée à mes adversaires, un embout laser pour forcer les serrures ou un stylo missile.

Ainsi équipé, je quitte la Slovaquie, étape qui se termine par une course-poursuite aérienne spectaculaire, pour me rendre sur un marché noir en Mauritanie. Le trajet aller en Jeep entre les dunes rouges me rappelle l’impact visuel d’Uncharted. Sans oublier ce moment impressionnant où, en franchissant une colline, nous découvrons un immense cimetière de navires transformé en plaque tournante par des trafiquants d’armes, des dealers de drogue et d’autres personnages peu recommandables.

Dans cette mission aussi, je me déplace librement dans un immense attroupement de personnes. Pour avoir accès à une vente aux enchères exclusive, nous avons besoin d’argent liquide en plus d’une invitation. Je suis chargé de trouver le fric. J’ai différentes options, allant de simples concours de tir ou de bagarre à des vols de cryptomonnaie en plusieurs étapes.

Sur un marché noir, je dois me procurer 100 000 dollars. Un jeu d’enfant pour Bond.
Sur un marché noir, je dois me procurer 100 000 dollars. Un jeu d’enfant pour Bond.

Le rythme de jeu est parfaitement dosé et représente un bon mélange entre des missions calmes et ouvertes, qui, la plupart du temps, ne nécessitent pas d’action, et des courses-poursuites effrénées sur des toits. D’ailleurs, l’histoire, qui n’est pas aussi prévisible que je le pensais au départ, ne cesse de s’intensifier.

Les défis tactiques ajoutent une difficulté supplémentaire : ils permettent de rejouer des missions dans des conditions plus difficiles. Je peux débloquer de nouvelles tenues, du smoking classique au déguisement d’Halloween, et de nouveaux skins d’armes. Un tableau global des meilleurs scores entre agents est également disponible.

Je peux débloquer ce genre de tenues et bien d’autres avec les défis.
Je peux débloquer ce genre de tenues et bien d’autres avec les défis.

Techniquement, la version pour PC que j’ai testée est au sommet de sa forme. Hormis quelques bugs mineurs, comme des cadavres qui apparaissent là où ils ne devraient pas, le jeu se déroule comme sur des roulettes. Visuellement, IO Interactive met le paquet : les décors sont si somptueux et remplis de détails que je pourrais y passer des heures.

« 007 First Light » impressionne aussi visuellement.
« 007 First Light » impressionne aussi visuellement.

007 First Light est disponible depuis le 27 mai sur PC, PS5 et Xbox Series X/S. Une version pour Switch 2 suivra en été. J’ai testé la version PC qui a été mise à ma disposition par IO Interactive.

Bilan

Bons baisers du Danemark

« 007 First Light » offre tout ce dont un bon jeu de James Bond a besoin : des méchants caricaturaux, une multitude de lieux spectaculaires, de l’humour, des gadgets et de folles courses-poursuites. Le plus important est toutefois que je me sente vraiment comme le plus célèbre agent secret du monde. L’action ne se trouve pas au premier plan, mais sert de dessert pour adoucir la fin bien méritée d’une mission. Avant cela, je me sens comme un véritable espion.

Avec ces grandes missions, IO Interactive démontre que les créateurs ont su allier à la perfection l’héritage de Hitman à l’ADN de James Bond. Les univers de jeu représentent des terrains de jeu vivants dans lesquels j’atteins mes objectifs avec style et intelligence, et toujours avec une petite réplique humoristique aux lèvres.

La diversité est aussi bonne : du cambriolage high-tech au moment de détente sur une plage vietnamienne ou à une folle course-poursuite dans Londres à bord d’un camion-poubelle, tout y est. Hormis l’étape fastidieuse de Malte, IO Interactive a réussi à créer la parfaite adaptation de James Bond et je suis convaincu que ce ne sera pas la dernière.

Pro

  • des missions variées
  • de nombreuses libertés de jeu
  • recrée parfaitement l’ambiance à la James Bond
  • beaucoup d’humour

Contre

  • mission du tutoriel un peu fade
IO Interactive 007 First Light (PC, Windows, DE)
Jeu vidéo

IO Interactive 007 First Light

PC, Windows, DE

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Enfant, je n’avais pas le droit d’avoir de console. Ce n’est qu’avec l’arrivée du PC familial 486 que le monde magique des jeux vidéo s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je compense largement ce manque : seuls le temps et l’argent m’empêchent d’essayer tous les jeux qui existent et de remplir mon étagère de consoles rétro rares. 


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