Critique

« Retro Rewind » ressuscite le vidéoclub

Philipp Rüegg
7/4/2026
Traduction : Martin Grande

En scrollant sans fin sur Netflix, vous arrive-t-il de repenser aux vidéoclubs un peu glauques des années 90 ? « Retro Rewind » vous replonge dans cette atmosphère.

À la fin des années 80, nous avons hérité du vieux magnétoscope de ma grand-mère. Non, non, elle n’a pas rendu l’âme à ce moment-là. C’est juste qu’elle a voulu profiter de sa retraite en s’achetant un appareil haut de gamme flambant neuf, doté de l’enregistrement automatique et du ralenti. Il faut dire qu’elle avait aussi la télévision par câble, alors que nous n’avions que l’antenne avec six chaînes. Autant vous dire que mon frère et moi étions fous de joie de pouvoir enfin emprunter et louer des cassettes vidéo. Un monde entièrement nouveau s’ouvrait à nous. Rares étaient les endroits qui nous fascinaient plus que le vidéoclub.

Ranger, encaisser et distribuer des prospectus

Retro Rewind s’adresse à des personnes comme moi, qui rêvent parfois de retourner au bon vieux vidéoclub. Je reçois les clés de ma petite boutique, j’y accueille ma clientèle de huit heures du matin à vingt-deux heures, et jusqu’à minuit le week-end. Le jeu appartient à la famille des simulations de travail virtuelles comme Powerwash Simulator, Snowrunner et compagnie. Ce sont des jeux d’évasion dans lesquels vous effectuez des tâches du quotidien en apparence ennuyeuses. Avoir mon propre vidéoclub n’a jamais été un rêve, mais la nostalgie me touche en plein cœur.

Le vidéoclub peut aussi être renommé.
Le vidéoclub peut aussi être renommé.

Ma journée de travail commence par les cassettes vidéo retournées. À la première personne, je scanne les cassettes une par une. Si une cassette a été rendue en retard, c’est noté dans le système, et je perçois les pénalités de retard lors de la prochaine visite de la personne concernée. Je mets de côté les films réservés et replace le reste dans les étagères. Au début, je ne propose que des films d’horreur, la base de tout vidéoclub qui se respecte. Pas besoin de trier, donc. Si je ne remplis une étagère qu’avec un seul genre, elle est automatiquement nommée en conséquence.

Une fois tous les films rangés, j’ouvre les portes de ma boutique et le temps commence à défiler. Retro Rewind est un jeu décontracté. Le stress n’est quasiment jamais au rendez-vous, car il est impossible de finir dans le rouge. Pour attirer la clientèle, je distribue des prospectus. L’espace accessible devant le vidéoclub est très restreint. Dès la maison voisine, je me heurte à un mur invisible et le jeu m’indique que je ne peux pas laisser mon vidéoclub sans surveillance.

J’ai comme l’impression d’être observé.
J’ai comme l’impression d’être observé.

Les premières clientes font déjà la queue à la caisse. Je clique sur leurs cassettes VHS pour les scanner, puis reclique pour encaisser le montant et ouvrir la caisse. Le jeu se montre indulgent, car je ne peux rendre que le montant exact. Face aux personnes qui rapportent des films en retard ou endommagés, je choisis dans un dialogue si j’accepte leur piètre excuse ou si je perçois les pénalités. Certaines personnes restent campées sur leurs positions et quittent le vidéoclub en trombe en jetant tous les films au sol.

Le conseil fait aussi partie du métier.
Le conseil fait aussi partie du métier.

Des films d’horreur aux pornos

Après une journée fructueuse, je ferme la porte d’entrée et fais le bilan. Avec l’argent gagné, je m’achète de nouveaux films sur l’ordinateur dans l’arrière-boutique. En général, j’opte pour des lots, dont le rapport qualité-prix est le plus avantageux. Je peux aussi acheter des films spécifiques, assortis d’évaluations en étoiles et de tags comme « ancien » ou encore « bonnes critiques », qui sont loués plus souvent. Le calendrier à côté de l’ordinateur indique le jour de la semaine et les événements à venir. Le vendredi 13, les films d’horreur sont loués 50 % plus souvent. Mieux vaut en commander quelques-uns de plus pour l’occasion. À Thanksgiving, ce sont les drames qui ont la cote, et les barres chocolatées se vendent 25 % de plus.

Il est temps de renflouer le rayon snacks.
Il est temps de renflouer le rayon snacks.

L’étagère des collations fait partie des nombreux éléments de mobilier que je débloque au fil du temps. Libre à moi de la garnir avec les snacks sucrés et salés de mon choix. Il existe aussi des étagères de différentes tailles pour les films, ainsi que des réfrigérateurs à boissons et des bornes d’arcade qui se débloquent plus tard.

De nouveaux genres cinématographiques s’ajoutent à intervalles réguliers. Chacun possède une jaquette de couleur assortie, bien pratique pour le rangement. Tous les films sont fictifs, ce qui ne m’empêche pas de rigoler en découvrant leurs noms remarquables et leurs illustrations. Des titres comme A scientist and his toadstool, The blaze hot dog rider, Cupcake shark bait, The milk vs the craken m’intriguent mille fois plus que le énième remake Disney en prises de vues réelles.

En outre, les pornos rencontrent un franc succès malgré l’absence d’arrière-salle à rideau dédiée. Je me les procure exclusivement auprès du revendeur de cassettes louche dans l’arrière-cour. J’ignore ce que renferment des œuvres comme The saucy soldier delivery ou Keeping my clairvoyant oiled up, mais je suis déjà tout émoustillé.

« Montrez-moi ce que vous avez. » Pas d’inquiétude, le revendeur de cassettes est inoffensif.
« Montrez-moi ce que vous avez. » Pas d’inquiétude, le revendeur de cassettes est inoffensif.

Pas une simulation économique

Tout comme dans le jeu, les heures filent aussi dans la vraie vie dès que je lance Retro Rewind. La boucle allant du rangement à l’encaissement, en passant par le réaménagement et l’amélioration perpétuels du vidéoclub, est extrêmement satisfaisante. Visuellement, on ne peut pas parler de régal pour les yeux, mais je trouve un certain charme aux graphismes simples et la bande-son me trotte dans la tête le soir.

Il y a toujours quelque chose à optimiser.
Il y a toujours quelque chose à optimiser.

Si le travail devient trop éprouvant, j’embauche du personnel et je lui attribue des tâches. Il devient alors évident que Retro Rewind n’est pas une simulation économique. En effet, la caisse unique constitue un goulot d’étranglement considérable. J’ai beau agrandir mon vidéoclub et le bourrer de films, les bénéfices n’augmentent que très lentement. De plus, j’ai plus de mal à repérer si mes membres du personnel font des siestes en douce. On ne les paye pas à ne rien faire, quand même !

Les employés me déchargent du travail, mais la caisse unique est rédhibitoire.
Les employés me déchargent du travail, mais la caisse unique est rédhibitoire.

« Retro Rewind » est disponible sur PC.

Bilan

Simple, mais captivant

Sans aller dans la complexité, « Retro Rewind » vit de son ambiance et du plaisir de débloquer des nouveautés tout en développant son propre vidéoclub. En plus des décorations comme les ovnis, les cercueils et les silhouettes en carton, je peux peindre les murs et les sols avec différents motifs. Une enseigne lumineuse par-ci, un paillasson par-là, un tapis à motifs de seaux de popcorn et de cassettes vidéo.

Au bout d’une vingtaine d’heures, j’ai fait le tour, tout est débloqué. Pour un plaisir de jeu plus long, il faudrait davantage de profondeur. Le studio Blood Pact, composé de deux personnes, a déjà annoncé de nouveaux ajouts comme une station de réparation. La suite dépendra sans doute du succès rencontré.

Pro

  • un principe de jeu motivant
  • de nombreuses possibilités de personnalisation
  • une belle dose de nostalgie

Contre

  • le manque de variété à la longue

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Enfant, je n’avais pas le droit d’avoir de console. Ce n’est qu’avec l’arrivée du PC familial 486 que le monde magique des jeux vidéo s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je compense largement ce manque : seuls le temps et l’argent m’empêchent d’essayer tous les jeux qui existent et de remplir mon étagère de consoles rétro rares. 


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Quels sont les films, séries, livres, jeux vidéos ou jeux de société qui valent vraiment la peine ? Recommandations basées sur des expériences personnelles.

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