
Critique
« The Super Mario Bros. Movie » : ce que nos critiques de films et de jeux pensent du nouveau film
par Luca Fontana

Plus grand, plus bruyant, plus galactique : « Super Mario Galaxy, le film » se veut tout à la fois. C’est sûrement ce qui cause sa perte, car entre surenchère nostalgique et intrigue alambiquée, le film a du mal à trouver son équilibre.
Avertissement : cette critique de film ne contient pas de spoilers. Vous n’en apprendrez pas plus ici que ce que l’on sait déjà et que l’on peut voir dans les bandes-annonces. « Super Mario Galaxy, le film » est à l’affiche depuis le 1er avril.
Ah, que vais-je bien pouvoir faire de toi Super Mario Galaxy, le film ? Le mieux, c’est peut-être de te regarder avec mes deux yeux. Un pour le compte du fan qui est en moi, l’enfant qui a grandi avec la Game Boy bercé par les mélodies des jeux Super Mario. L’autre pour le compte du journaliste qui se doit de regarder le film d’un œil critique et de mettre de côté sa nostalgie.
Après avoir vu le premier opus, Super Mario Bros., le film, mes deux yeux étaient d’accord. L’abondance était là aussi, pas de doute là-dessus : clins d’œil et caméos s’enchaînaient. Cela n’a toutefois pas empêché le film de trouver son équilibre en laissant suffisamment de place aux personnages et en déroulant une intrigue qui, bien que simple, assurait la cohérence de l’ensemble.
Super Mario Galaxy, le film ne s’en sort pas si bien. Alors que la presse le démolit, le public l’acclame : le spectre a rarement été aussi large. Je me demande alors si le film mérite vraiment toutes ces critiques négatives ?
Disons-le ainsi : au fond, ce nouveau film Super Mario raconte toujours une histoire simple. La princesse Rosalina, mystérieuse gardienne des étoiles, est enlevée par Bowser Junior, qui cherche désespérément son père, Bowser. Heureusement, l’un des enfants étoiles de Rosalina parvient à obtenir de l’aide auprès de Mario, Peach et leurs amis.
Cette mission de sauvetage les mène à travers toute la galaxie, des planètes désertiques aux casinos scintillants, en passant par des champs de bataille intergalactiques. Jusqu’ici, tout est clair.
Le film ne se limite malheureusement pas à cette simple histoire. On parle aussi de la véritable origine de Peach, de comment Yoshi se retrouve avec Mario et Luigi. Et on se demande si l’apparente rédemption de Bowser est réelle et s’il fait désormais partie des gentils. Prises séparément, ce sont toutes d’excellentes intrigues qui pourraient facilement porter un film entier. Ici, en revanche, elles s’enchaînent au hasard pour s’interrompre presque aussitôt, comme s’il s’agissait de niveaux beaucoup trop courts dans un jeu vidéo.
On pourrait alors objecter et dire que c’était aussi le cas du premier Super Mario Bros., le film et ça fonctionnait bien.
Oui et non. Le premier film était beaucoup plus linéaire et présentait une histoire claire, agrémentée de dizaines de clins d’œil et d’apparitions spéciales. Super Mario Galaxy, le film, en revanche, jongle avec beaucoup trop d’intrigues à la fois et finit par s’embourber. Encore une fois, on aurait dû se demander si « plus » est l’équivalent de « mieux » dans « toujours plus grand, plus fort et toujours plus de la même formule ».

Dès la sortie de la première bande-annonce, j’ai craint que le film ait mis la barre trop haut. Il est d’ailleurs un peu tôt pour adapter Super Mario Galaxy, initialement sorti sur Wii, c’est comme si Marvel avait directement condensé toute la saga du Multivers en un seul film après Iron Man. Rien que sur le papier, l’idée semble bien ambitieuse et malheureusement, la pratique ne dément pas.
Si vous voulez mon avis, passer du Royaume Champignon à l’univers tout entier aurait plutôt été une idée pour le troisième ou le quatrième volet, afin de laisser le temps à l’univers de se dérouler. La vache à lait des films Super Mario sera sans aucun doute exploitée à fond et l’on peut compter sur la sortie de plus de films.

Il ne fait aucun doute que le film aurait gagné à se recentrer sur l’essentiel. Et pourtant, ce sentiment paradoxal persiste : Super Mario Galaxy, le film aurait dû être plus long pour que ses grandes idées puissent faire leur effet et en même temps plus court, car l’abondance de séquences ne fait ni avancer l’histoire ni ne l’approfondi. En fin de compte, on peut penser que le film est 30 minutes trop long ou trop court.
J’ai en réalité porté deux regards différents sur ce film et malgré les problèmes structurels cités plus haut, le film rayonne. Pour moi, résumer Super Mario Galaxy, le film à ses faiblesses narratives serait trop réducteur.
Le film n’est bien sûr pas parfait, mais je n’irai pas jusqu’à vous déconseiller d’aller le voir au cinéma. Au contraire, je vous encourage même à aller le voir et à y aller avec vos enfants, si vous en avez. Laissez-vous emporter par cette expérience, de préférence en IMAX et en 3D. Évitez également d’analyser le scénario avant le déroulement du générique de fin.
Ou ne l’analysez pas du tout.

Visuellement, le film est tout simplement époustouflant. L’animation surpasse son prédécesseur à presque tous les égards : des couleurs qui explosent littéralement se mêlent à des univers conçus avec tant de soin que j’aurais envie de figer chaque image pour m’imprégner de tous les détails. On sent tout de suite que Super Mario Galaxy, le film a été réalisé par des fans inconditionnels de Nintendo.
Il ne peut en être autrement.
Illumination, le studio d’animation à l’origine de Moi, moche et méchant et des films Les Minions, a même sorti de son chapeau quelques astuces visuelles intéressantes. Par exemple, lorsque l’animation en deux dimensions et celle en trois dimensions se mélangent, ou lorsqu’on joue avec différentes fréquences d’images. Je me surprends presque à penser que je pourrais regarder ce film sans le son et que je passerais quand même un très bon moment.

Ce serait cependant un véritable gâchis ! La bande originale de Brian Taylor reste le point fort incontestable du film. Elle est imprégnée de mélodies enjouées et de clins d’œil affectueux à quarante ans d’histoire de Nintendo, une bande originale qui incarne tout l’ADN musical de la franchise. Un régal pour les oreilles des fans.
Ne nous faisons pas d’illusions, Super Mario Galaxy, le film connaît son public et ne se soucie guère des ambitions dramatiques. C’est peut-être mieux ainsi. Les enfants embarquent pour un voyage intergalactique haut en couleur qui les tiendra en haleine. Quant aux adultes adeptes de Nintendo, l’avalanche de mémo-myrtilles leur fait revivre leurs 10 ans.
Alors, le film manque peut-être un peu de cohérence, mais honnêtement, on s’en fiche !
Finalement, mes deux yeux n’arrivent pas toujours à se mettre d’accord. L’un y voit un véritable festin visuel, une déclaration d’amour à quarante ans de jeux Nintendo, portée par la magnifique bande originale de Brian Taylor et une animation sans pareille. L’autre voit un film qui a mis la barre trop haut et qui enchaîne ensuite tellement d’histoires à la fois qu’il s’embourbe sans jamais en finir aucune.
Il en résulte un film qui impressionne par sa maîtrise technique, mais qui, sur le plan narratif, perd l’équilibre que son prédécesseur avait si bien su maintenir. Ce film risque fort de creuser encore davantage le fossé entre les critiques et le public par rapport au premier volet.
Que dire ? Les deux parties ont de bonnes raisons de penser ce qu’elles pensent, que ce soit en bien ou en mal. Et pour cause, je suis moi-même tiraillé, mes deux yeux ne partagent pas le même avis.
J’écris sur la technologie comme si c’était du cinéma – et sur le cinéma comme s’il était réel. Entre bits et blockbusters, je cherche les histoires qui font vibrer, pas seulement celles qui font cliquer. Et oui – il m’arrive d’écouter les musiques de films un peu trop fort.
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