
« Les Maîtres de l’univers » n’a pas le droit d’être aussi bon
Après des années de blockbusters issus de franchises plutôt médiocres, je n’aurais jamais pensé être agréablement surpris par Musclor. Et pourtant, Les Maîtres de l’univers n’est pas juste un film fantastique d’une qualité technique irréprochable, c’est avant tout un divertissement décomplexé.
Pas d’inquiétude : cette critique de film ne contient pas de spoilers. Vous n’en apprendrez pas plus ici que ce que l’on sait déjà et que l’on peut voir dans les bandes-annonces. Les Maîtres de l’univers est à l’affiche depuis le 5 juin.
Je n’ai jamais été un grand fan de Musclor. Les figurines Mattel et le dessin animé occupent une place marginale dans mes souvenirs d’enfance, quelque part entre les Power Rangers et la vague impression qu’il existe un vieux film assez sombre avec Dolph Lundgren que je n’ai jamais vu et que, pour autant que je sache, personne d’autre n’a regardé de son plein gré.
Par contre, je connais les innombrables mèmes sur Skeletor. Un homme bleu avec un crâne à la place du visage qui raconte des histoires bizarres et s’enfuit en lançant un sinistre « until we meet again! », ça fait rire. Je serais bien incapable de dire pourquoi. Le simple fait qu’il n’ait pas de visage semblait suffire avant même la sortie de ce film.
Un univers fantastique vraiment bien fait
Tout commence par une prise de pouvoir. Le méchant Skeletor attaque Eternia alors qu’Adam n’est encore qu’un enfant. Une magicienne envoie donc le garçon à travers un portail, muni de la légendaire épée du pouvoir, et c’est comme ça que l’héritier légitime de la planète la plus puissante de l’univers se retrouve sur Terre. Il y passe les quinze années suivantes à chercher l’épée perdue et à faire comme s’il était un jeune homme tout à fait normal.
Personne ne croit une seconde que cette armoire à glace aux airs d’Apollon n’a jamais vu un haltère de sa vie. Mais bon, c’est un film. Il suffit de l’affubler d’une chemise trois fois trop grande pour nous faire croire qu’il est tout maigrichon. Ce n’est que lorsque la puissance de l’épée lui arrache ses vêtements que nous découvrons, ébahis, ses muscles d’acier.
Bien sûr, on y croit.
Bref, admettons. Le passage sur Terre m’a beaucoup plus gêné. La palette de couleurs est grisâtre, le son est étouffé, Adam a l’air paumé… C’est voulu, bien sûr, il n’est pas dans son élément, ce monde n’est pas le sien, sa vie n’est pas la sienne, bla bla bla, j’ai compris. Malgré tout, cette partie freine la dynamique du film. Car le prologue, le grand assaut sur Eternia, avec toutes ses créatures, ses couleurs, son chaos artisanal et ses chorégraphies de combat impressionnantes, est mis en scène de manière absolument géniale.

Source : Amazon MGM Studios
Pas étonnant : le réalisateur Travis Knight, connu pour Bumblebee et le chef-d’œuvre en stop-motion Kubo et l’armure magique, a délibérément choisi de ne pas céder à la facilité du fond vert. Masters of the Universe arbore de véritables décors, de véritables costumes et des monstres créés avec force maquillage et latex.
Cela ne va pas de soi. Les images de synthèse qui envahissent nos écrans sans pour autant montrer quoi que ce soit sont le fléau du cinéma d’action moderne. C’est un raccourci à moindres frais pour la production qui donne l’impression au public d’assister à quelque chose de grandiose, alors qu’en réalité, les acteurs s’agitent dans le vide, car tout est ajouté après coup. Oui, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Justice League et Cie, je parle de vous.

Source : Marvel Studios
Eternia, en revanche, a l’air étonnamment réaliste grâce aux décors et costumes, même si l’univers est on ne peut plus magique et donc d’autant plus rafraîchissant. Ce n’est donc qu’au moment où Adam trouve l’épée, s’écrie « by the Power of Grayskul » et retourne à Eternia que le film prend toute sa dimension.
Là, ça décolle vraiment.
De la baston en veux-tu, en voilà
Je n’imaginais pas une seule seconde que Les Maîtres de l’univers offrirait un tel niveau d’action.
Les chorégraphies sont abouties, précises et surtout on s’y croirait. Quand un coup de poing s’abat sur le visage du méchant, quand un corps est projeté contre un mur, quand quelqu’un s’écrase au sol… je sursaute dans mon fauteuil. Ce n’est pas un compliment que je fais à la légère. Cette proximité physique est chose rare dans les films d’action interdits aux moins de 12 ans. Trop souvent, on simule la violence grâce au montage, au bruit, à une caméra si proche qu’on ne voit même plus ce qui se passe réellement.
Ici, les acteurs ont expliqué avant la sortie du film à quel point ils s’étaient entraînés et avaient répété leurs scènes de combat ; un discours qui fait partie du blabla de promo habituel et que je prends toujours avec le scepticisme qui s’impose…
Mais cette fois-ci, je dois admettre que c’est vrai. Idris Elba, dans le rôle de Duncan, cogne avec un grand sourire comme s’il y prenait un immense plaisir. Camila Mendes, dans le rôle de Teela, se faufile à travers les hordes ennemies avec une élégance qui ne s’acquiert qu’au prix d’un travail acharné. Et Nicholas Galitzine, qui incarne Musclor, distribue des coups de poing qui ont sans aucun doute laissé des marques chez ses adversaires. Le tout s’accompagne d’une bonne dose de rock synthé des années 80, saupoudré de Queen, le pied.
Mais Les Maîtres de l’univers ne serait pas Les Maîtres de l’univers s’il s’en tenait là.
L’humour le plus stupide de l’année
Si Les Maîtres de l’univers prend l’action très au sérieux, le film lui-même ne se prend pas du tout au sérieux et multiplie les blagues grossières si ridicules que je n’arrêtais pas de me dire « Sérieux ?! ».
Par exemple, un guerrier nommé Fisto tire son nom de son poing énorme qui lui sert à mettre tout le monde K.O., lutins et méchants confondus. Les nombreuses blagues à ce sujet sont du niveau d’un enfant de 12 ans.
Et comme si cela ne suffisait pas, ledit Fisto tient l’épée du pouvoir à hauteur des hanches, la pointe dirigée vers le haut. Une guerrière remarque alors que l’épée semble un peu plus petite qu’elle ne l’aurait cru. Fisto répond par un geste de la main, expliquant que c’est simplement dû à la taille exceptionnellement grande de sa main et qu’elle paraîtrait sinon nettement plus grande (l’épée évidemment).

Source : Amazon MGM Studios
Mais bizarrement, je n’ai pas pu m’empêcher de passer mon temps à rire. Et maintenant que je mets tout ça par écrit, je me demande vraiment ce qui m’a pris de sourire comme un idiot pendant toutes ces scènes. C’est sans doute parce que le film sait pertinemment ce qu’il fait et qu’il le fait quand même. Il est parfaitement conscient de sa propre bêtise, et c’est ce qui rend la situation si drôle. Il n’a pas honte, il ne se justifie pas, il se contente de faire un clin d’œil au public et continue.
C’est plus difficile à faire qu’il n’y paraît. Minecraft : The Movie s’y était essayé il y a un an et avait à mon sens lamentablement échoué, même si son carton au box-office prouve le contraire. Les Maîtres de l’univers, en revanche, trouve l’équilibre avec une aisance étonnante entre l’autodérision et la honte par procuration.
La vraie star du film
Cela inclut Jared Leto qui joue Skeletor. Ça non plus, je ne le dis pas à la légère. En effet, cela fait des années que j’ai du mal avec Leto, tant à l’écran qu’en dehors. Je n’aurais jamais cru possible d’applaudir sans réserve l’une de ses performances en 2026.

Source : Amazon MGM Studios
Et pourtant, Skeletor est un régal. Chaque scène où il apparaît est meilleure simplement parce qu’il est présent. Le travail d’images de synthèse est à lui seul exceptionnel. Quand le crâne parle, quand les pupilles rouges s’agitent dans leurs orbites ou que la surprise se dessine sur son visage squelettique, le résultat est tellement réussi que je ne peux m’empêcher de sourire.
Mais le véritable mérite revient à Leto : il a parfaitement compris qui est Skeletor, un méchant complètement ridicule, qui est méchant juste parce qu’il est méchant. C’est ce que le film dit d’ailleurs mot pour mot, mais cela n’est pas étonnant pour quelqu’un qui a une tête de mort pour visage. Leto assume pleinement ce côté absurde, avec une assurance qui est contagieuse.
C’est précisément ce qui caractérise Les Maîtres de l’univers : cette autodérision qui ne tombe que rarement dans la gêne. Bravo !
Bilan
Ce film n’a pas le droit d’être aussi bon
« Les Maîtres de l’univers » n’est pas un film parfait. Le premier acte sur Terre s’enlise dans son propos. L’Adam de Nicholas Galitzine est nettement plus bête qu’il ne devrait l’être, et oui, les blagues de Fisto sur son poing sont vraiment aussi stupides que je les ai décrites.
Mais le réalisateur Travis Knight a réussi quelque chose de rare pour le genre : un film qui sait exactement ce qu’il est et qui insuffle cette conviction dans tous ses choix. Dans les décors faits main, dans les chorégraphies impressionnantes, dans le Skeletor de Jared Leto qui dégage plus de charisme derrière sa tête de mort que la majorité des méchants de cinéma de ces dernières années. Et dans un humour si délibérément idiot qu’il finit par faire mouche.
« Les Maîtres de l’univers » n’a pas le droit d’être aussi bon. Et pourtant ! Quatre étoiles – bien méritées, même si j’ai dû y réfléchir à deux fois avant d’écrire cette blague sur l’épée.
J’écris sur la technologie comme si c’était du cinéma – et sur le cinéma comme s’il était réel. Entre bits et blockbusters, je cherche les histoires qui font vibrer, pas seulement celles qui font cliquer. Et oui – il m’arrive d’écouter les musiques de films un peu trop fort.
Quels sont les films, séries, livres, jeux vidéos ou jeux de société qui valent vraiment la peine ? Recommandations basées sur des expériences personnelles.
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