
Point de vue
J’aimerais oublier 7 jeux pour les redécouvrir
par Domagoj Belancic

« The Legend of Zelda » fête ses 40 ans. Pour cet anniversaire, je reviens sur quatre jeux qui m’ont particulièrement marqué.
Le premier The Legend of Zelda est sorti au Japon le 21 février 1986. Avec la sortie de ce jeu action-aventure emblématique, Nintendo a écrit l’histoire et durablement marqué le paysage vidéoludique.
Dans cet article, je vous emmène dans un voyage nostalgique à travers quatre jeux grâce auxquels le courageux Link a changé ma vie pour toujours.
Ma carrière de gamer commence avec la Game Boy de ma sœur. Une PlayStation s’y ajoute un peu plus tard en tant que console de salon. Cette combinaison Sony-Nintendo me satisfait pendant de nombreuses années.

Quand vient le moment de franchir le cap vers la génération de consoles suivante, j’ai l’embarras du choix. Vais-je rester fidèle à la PlayStation et opter pour la PS2 ou vais-je donner sa chance à Nintendo dans le domaine des consoles de salon et choisir la GameCube ? Acheter les deux consoles est hors de question, selon mes parents.
J’hésite. Puis je découvre une édition spéciale du cube de Nintendo dans un magasin de jouets, vendu en pack avec The Legend of Zelda : The Wind Waker. C’est le coup de foudre. Je n’ai jamais joué à un jeu Zelda auparavant, mais je ne résiste pas à son emballage.

Je regarde les captures d’écran au dos de la boîte. C’est fantastique. Tellement coloré, mignon et épique à la fois. Je lis la description du jeu et mon pouls s’emballe, trépidant d’excitation :
« Un océan empli de rêves, d’espoirs et de trésors engloutis… un garçon qui vit la plus grande aventure de sa vie… une mystérieuse capitaine pirate et un monde empli de magie et de merveilles. »
Je n’ai jamais lu une description de jeu aussi épique. Mes mains d’enfant (j’ai alors douze ans) tremblent d’excitation. Je lis la suite et découvre que le pack contient un disque bonus. Ce disque renferme le classique de Nintendo 64 Ocarina of Time ainsi qu’une version Master Quest du jeu, plus difficile et jusqu’alors inédite. Quelle aventure !
Je n’avais pas encore remarqué que la GameCube de ce pack est argentée et non violette comme d’habitude. Mon petit cerveau d’enfant est subjugué par la beauté de ce lot. Une évidence s’impose à moi : la PlayStation peut aller se rhabiller, il me faut cette GameCube Zelda en édition limitée.

Wind Waker est à la hauteur de mes attentes. À ce moment-là, c’est le meilleur jeu auquel j’ai jamais joué. Rien de ce que j’avais vu à l’ère PlayStation précédente n’arrive à la cheville du nouveau Zelda.
Les souvenirs de cette aventure épique s’impriment à jamais dans mon jeune cerveau de gamer et la GameCube pose les bases de ma carrière de fan de Nintendo.

Depuis que j’ai la GameCube, je suis bien plus ancré dans l’univers du jeu vidéo qu’avant. Je lis des magazines (petite dédicace à N-Zone), je discute sur des forums de gaming et je m’informe sur des événements comme l’E3. À l’époque, c’était un peu plus compliqué sans YouTube ni livestreams.
La conférence Nintendo à l’E3 2004 me marque tout particulièrement. Lors de la conférence de presse, Nintendo cède la scène au légendaire Reggie Fils-Aimé (« Kicking Ass and taking Names »), présente le Nintendo DS pour la première fois et dévoile une tonne de jeux qui ont l’air géniaux, dont The Legend of Zelda : Twilight Princess.
L’annonce à la fin de l’événement est considérée encore aujourd’hui comme l’un des meilleurs moments de l’histoire de l’E3. Elle commence par ces mots :
« But before you leave, I’d like you to step inside one more world for Nintendo Gamecube. »
Musique épique, montages rapides, tonnerre d’applaudissements dans le public. Le créateur de la série, Shigeru Miyamoto, monte lui aussi sur scène avec épée et bouclier. C’est la première fois que je me languis autant de la sortie d’un jeu.
J’avais déjà hâte de jouer à de nouveaux jeux avant ce moment fondateur, mais là, mon enthousiasme a atteint son paroxysme.

Comme si cela ne suffisait pas, Nintendo attise encore mon impatience avec des bandes-annonces sur le nouveau matériel. La console qui succède à la GameCube s’annonce comme une « Revolution » (tel est le nom de code officiel) pour le monde du jeu vidéo. Comme on le découvrira plus tard, cette révolution consiste en une commande par mouvement innovante, une manette insolite et le nom étrange de « Wii ».
À l’E3 2006, mes deux sujets gaming les plus attendus se retrouvent enfin réunis. Nintendo annonce que le nouveau Zelda sort sur GameCube, mais aussi sur Wii. Avec commande par mouvement !
Mon cœur d’ado explose d’impatience.

Je me souviens exactement du moment où j’ai lancé The Legend of Zelda : Twilight Princess pour la première fois sur la Wii, par une froide nuit de décembre. Après toutes ces années d’attente impatiente, tenir enfin la télécommande Wii dans ma main tremblante et manier l’épée comme si j’étais Link moi-même est un sentiment indescriptible.
Rétrospectivement, la commande par mouvements paraît bien banale. À l’époque, c’était de la magie pure, qui m’empêchait de dormir le soir et me faisait me lever plus tôt le matin, clairement un autre moment fondateur dans ma vie de gamer.
Contrairement à d’autres personnes qui jouent de moins en moins en grandissant, ç’a été l’inverse pour moi. Je découvre sans cesse de nouveaux genres et séries passionnants. Plus je vieillis, plus l’envie de travailler professionnellement dans ce domaine se fait sentir. Cela dit, je n’ai aucune idée de comment y parvenir.
Je me dis : « Lance-toi » et je crée en 2016 une chaîne YouTube sur laquelle je teste des jeux, à l’époque encore en anglais. Je m’aventure dans tous les recoins du paysage vidéoludique. Watch Dogs 2 en fait les frais, tout comme l’obscur jeu VR Robinson : The Journey et The Last Guardian.
Le résultat n’est pas à la hauteur de mes attentes. Mes vidéos arrivent toujours bien trop tard, car en tant que parfait inconnu je n’obtiens évidemment aucun accès en avant-première. Je n’ai quasiment pas de vues. La qualité de mes analyses ne me satisfait pas non plus.

Puis arrive le lancement de la Switch en mars 2017. La nouvelle console de Nintendo démarre avec un nouvel opus Zelda : Breath of the Wild. Cette série compte tellement pour moi que je redouble d’efforts, mon nouvel objectif étant de publier l’analyse du jeu le plus rapidement possible. Je veux me prouver que j’en suis capable.
Ce jeu chamboule tout ce que je savais des jeux en monde ouvert. Par sa structure de jeu entièrement ouverte, Breath of the Wild me surprend et m’enthousiasme comme aucun autre jeu auparavant. C’est l’un de ces moments où je retombe amoureux du médium vidéoludique. Je veux rendre justice à l’importance de ce jeu et publier une vidéo de haute volée.

Durant les quatre premières semaines, je passe plus de cent heures à Hyrule. Mon analyse écrite est si détaillée que la vidéo dépasse les 13 minutes et le montage et l’enregistrement de la voix off s’avèrent particulièrement laborieux. C’est frustrant. Les nuits blanches se succèdent, les plantages de Premiere Pro s’accumulent et le doute m’assaille, mais je tiens bon.
Les larmes et les efforts en valent la peine. Pour la première fois de ma vie, je suis satisfait du résultat... limite fier de moi. Je l’envoie même à des amis et à ma famille et reçois de magnifiques retours.
Le fait que cette vidéo non plus ne soit guère visionnée ne me dérange plus. Les retours de mes proches m’encouragent à faire du gaming mon métier,quoi qu’il en coûte.
Je serai éternellement reconnaissant à Breath of the Wild pour cette prise de conscience.
Dans la période qui suit Breath of the Wild, je m’impose progressivement dans le monde du jeu vidéo. Je produis du contenu pour l’événement d’e-sport Hero League et rédige mes premiers articles et tests (en allemand), publiés sur un vrai portail d’actualité ! En parallèle, je travaille assidûment à mes propres vidéos.
En 2022, Digitec Galaxus publie l’offre d’emploi de mes rêves. Un poste de rédacteur jeux vidéo. Je faillis m’évanouir d’excitation et postule. Spoiler : j’obtiens le poste.

Un moment décisif dans mes débuts est la sortie de The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom (2023). Au-delà du fait que j’attendais cette sortie avec une impatience folle, notre rédaction a la possibilité de tester un jeu Nintendo en avant-première pour la première fois. Une étape importante pour prouver au monde du jeu vidéo que nous sommes un médium à prendre au sérieux. Une chance de montrer que nous avons notre place. Que j’ai ma place. Alors je donne à nouveau tout ce que j’ai.
Je repense à la sortie de Breath of the Wild et à l’énergie qui me portait à l’époque. Je me rappelle le moment où j’ai découvert le pack Zelda-GameCube dans ce magasin. Comment le petit Domagoj réagirait-il si je lui disais que je peux tester le nouveau Zelda avant sa sortie ? Que dirait mon moi de 2004, qui était plus survolté que jamais après le trailer Zelda de l’E3 ?

J’ai à cœur de concentrer toute mon énergie dans ce test et de saisir cette chance unique. Pour Tears of the Kingdom aussi, j’investis plus de cent heures dans le jeu, mais en moins de deux semaines, car je veux avoir terminé le test avant la fin de l’embargo. Je n’ai jamais joué à un jeu avec une telle intensité. Je vis Tears of the Kingdom à chaque instant, même en dormant.
Entre rêves, euphorie et folie, je rédige un test dont la longueur est au moins aussi épique que celle du jeu. Je mets tout mon cœur dans une analyse en vidéo. Au montage, je repense à mes premiers balbutiements et au chemin parcouru.
Breath of the Wild m’a fait comprendre que je voulais faire du gaming mon métier. L’intense processus d’analyse de Tears of the Kingdom m’a confirmé que j’étais enfin arrivé.
Merci, The Legend of Zelda, pour toutes ces années d’aventures, et d’entretenir la flamme qui brûle en moi pour ce médium formidable. Sans toi, je ne serais pas là aujourd’hui.
Ma passion pour les jeux vidéo s'est éveillée au jeune âge de cinq ans avec la Gameboy originale et a grandi à pas de géant au fil des ans.
Vous lirez ici une opinion subjective de la rédaction. Elle ne reflète pas nécessairement la position de l’entreprise.
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