Ramon Schneider
Point de vue

La station d’alimentation était prête, le train de nuit, non.

Ramon Schneider
10/7/2026
Traduction : Aglaë Goubi

Je voulais protéger mon appareil contre l’apnée du sommeil dans le train de nuit à l’aide d’une batterie externe, en cas de coupure de courant, mais à cause d’un problème de communication, le voyage s’est transformé en véritable odyssée. Je n’ai jamais pu tester l’appareil dans le train.

J’ai dans mes bagages l’EcoFlow River 3, complètement chargée. En parallèle, en guise d’assurance contre un problème que je ne devrais en principe pas rencontrer dans un train de nuit, j’ai une batterie de 3,55 kg, mais c’était sans compter les prises électriques hors service.

Je souffre d’apnée du sommeil. La nuit, un appareil CPAP maintient mes voies respiratoires ouvertes. CPAP signifie « Continuous Positive Airway Pressure », c’est-à-dire une pression positive continue qui empêche les arrêts respiratoires. Sans électricité, cet appareil n’est plus qu’un boîtier avec un tuyau, pratiquement inutile. Lors de mon dernier trajet en train de nuit entre Zurich et Vienne, la prise a cessé de fonctionner à plusieurs reprises, et pas seulement pendant quelques minutes, parfois pendant des heures, surtout lors des arrêts prolongés en gare. Cela aurait été un détail accessoire si ça avait été pour charger mon smartphone, mais pour mon CPAP, c’est devenu un véritable problème et un danger pour ma santé.

La solution pèse 3,55 kilogrammes

Pour mon prochain voyage, je vais donc acheter une station d’alimentation. Mon plan est de la brancher sur la prise du train, puis d brancher l’appareil CPAP sur la station d’alimentation. En cas de coupure de courant dans le train, la batterie prendra le relais et donc, dans l’idéal, mon appareil respiratoire ne devrait rien remarquer.

EcoFlow River 3 version UE (version UPS) (245 Wh, 3.55 kg)
Power station
CHF202.–

EcoFlow River 3 version UE (version UPS)

245 Wh, 3.55 kg

Le train n’est pas sur la voie 18

Le train de nuit reliant Zurich à Hambourg est prévu le dimanche 28 juin 2026 à 19h15. Je suis en fauteuil roulant et j’ai demandé l’assistance pour monter à bord, je dois donc être sur le quai 20 minutes avant le départ.

Je me trouve donc à l’heure à la gare centrale de Zurich, sur le quai 18, avec mes bagages, mon appareil CPAP, ma batterie externe et une chaleur de 30 degrés qui me pèse lourd sur mes épaules. Comme si le voyage n’était pas déjà assez compliqué...

Il ne manque plus que le train.

Le train de nuit ne m’attend pas du tout sur la voie 18, en revanche un premier message d’information : retard indéterminé.
Le train de nuit ne m’attend pas du tout sur la voie 18, en revanche un premier message d’information : retard indéterminé.

On nous annonce alors que le train n’est pas encore prêt à partir. Le départ est reporté pour une durée indéterminée. C’est agaçant, mais ce n’est pas dramatique. Les trains de nuit ne sont pas vraiment pensés pour les personnes ayant un emploi du temps serré. J’attends.

Le seul wagon dont j’ai besoin

Le temps passe et une chose devient claire : le problème ne concerne pas seulement l’heure de départ, mais précisément le wagon dont j’ai besoin. Le wagon 416. C’est là que se trouve la couchette accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR) que j’ai réservée. C’est la seule couchette qui m’est accessible de tout le train.

J’avais réservé la voiture 416 : une couchette dans le compartiment multifonction. C’est précisément cette voiture qui a ensuite été retirée du service.
J’avais réservé la voiture 416 : une couchette dans le compartiment multifonction. C’est précisément cette voiture qui a ensuite été retirée du service.

Ce wagon présente un dysfonctionnement. Il ne s’agit pas d’un simple problème de confort : lorsque le train arrive en gare, je constate que la climatisation ne fonctionne pas, que les portes ne s’ouvrent pas et que les toilettes sont hors service. Tout le système électronique a rendu l’âme. Je ne peux donc pas utiliser le compartiment accessible aux personnes à mobilité réduite qui restera fermé pendant tout le trajet.

Dans l’application CFF, l’information est un peu (trop) courte : « Offre modifiée ». Pour moi, cela signifie que le seul compartiment du train auquel je peux accéder n’est pas disponible.
Dans l’application CFF, l’information est un peu (trop) courte : « Offre modifiée ». Pour moi, cela signifie que le seul compartiment du train auquel je peux accéder n’est pas disponible.

Comme alternative, on me propose une place dans une voiture ordinaire de 2e classe, sans toilettes adaptées aux fauteuils roulants.

Ce n’est pas une alternative. Pas pour un voyage de nuit, et pas en fauteuil roulant. Pas alors que j’ai réservé un compartiment-couchette accessible aux personnes à mobilité réduite, et encore moins alors que j’ai organisé tout mon équipement de voyage en fonction de cela.

Je refuse. L’absence de toilettes adaptées aux fauteuils roulants suffit à elle seule à rendre cette alternative inutilisable pour moi. Rétrospectivement, il faut ajouter ceci : le train part certes avec 85 minutes de retard, mais il n’arrivera que jusqu’à Bâle. Là, en raison d’une nouvelle panne technique, le trajet est définitivement terminé pour tout le monde.

Prochaine panne technique : entre Bâle et Hambourg-Altona, le train ne circulera finalement pas du tout.
Prochaine panne technique : entre Bâle et Hambourg-Altona, le train ne circulera finalement pas du tout.

À ce moment-là, j’étais encore à la gare centrale de Zurich, avec tout ce qu’il fallait pour un voyage en train de nuit bien préparé, et de très mauvaise humeur.

On m’avait soi-disant informé...

Au guichet des CFF, je me renseigne sur les possibilités qui s’offrent à moi (façon de parler...) L’employé consulte le système et me dit que d’après ce qu’il voit, l’ÖBB (les chemins de fer fédéraux autrichiens, qui exploitent le Nightjet) m’aurait déjà informé la veille de la panne du wagon.

C’est totalement faux.

Je n’ai reçu ni SMS, ni e-mail, ni appel. Rien. Si l’ÖBB m’avait vraiment prévenu la veille, je me serais gardé de me rendre à la gare par cette chaleur et je n’aurais alors pas appris une fois sur place que le seul compartiment qui me convenait était indisponible.

Au guichet des CFF, on m’explique que si, si, j’ai déjà été informé la veille. Or, je n’ai reçu aucun message...
Au guichet des CFF, on m’explique que si, si, j’ai déjà été informé la veille. Or, je n’ai reçu aucun message...

L’employé des CFF ajoute qu’il ne peut rien faire lui-même, car j’ai acheté le billet directement auprès de l’ÖBB, pas auprès des CFF. Il me propose deux solutions : je peux acheter un nouveau billet pour le lendemain et essayer de me faire rembourser par l’ÖBB plus tard, ou alors m’adresser directement au service clientèle de l’ÖBB.

J’opte pour le service clientèle.

Je rentre donc chez moi, en sueur, complètement agacé et avec des bagages qui, tout à coup, ne ressemblent plus à ceux d’un voyage bien préparé, mais plutôt à une mauvaise blague.

Trois personnes devant moi

À 21h50, j’appelle le service d’assistance de l’ÖBB. Une voix automatisée m’indique qu’il y a trois personnes devant moi dans la file d’attente. Trois personnes, ça semble faisable.

Le jingle commence.

En plus d’être foncièrement mauvaise, c’est le genre de musique d’attente qui, au bout de dix minutes, me pousse à remettre tous mes choix de vie en question. Au bout de 20 minutes, personne n’a répondu. Au bout de 40 minutes non plus. Au bout d’une heure, je me demande si les trois personnes devant moi n’ont peut-être pas pu prendre elles aussi le train de nuit pour Hambourg.

Il y a trois personnes devant moi dans la file d’attente. 75 minutes plus tard, je n’ai toujours parlé à personne.
Il y a trois personnes devant moi dans la file d’attente. 75 minutes plus tard, je n’ai toujours parlé à personne.

Au bout de 75 minutes, je raccroche, et je n’ai toujours parlé à personne.

La facture arrive quelques semaines plus tard : 30,73 CHF de hors forfait pour cet appel international. Tout ça pour entendre pendant plus d’une heure le jingle de l’ÖBB et n’obtenir aucune information.

Plus de 75 minutes d’attente au téléphone, aucun interlocuteur et 30,73 CHF en plus sur ma facture de téléphone.
Plus de 75 minutes d’attente au téléphone, aucun interlocuteur et 30,73 CHF en plus sur ma facture de téléphone.

Bon, ce sera l’avion...

Je réserve donc un vol pour Hambourg.

Je le fais à contrecœur, car prendre l’avion pour ce trajet, alors qu’il existe une liaison ferroviaire, me semble incongru, c’est précisément pour cette raison que j’avais réservé le train de nuit. Et c’est parce que je devais prendre le train de nuit que j’avais réfléchi à la manière de faire fonctionner mon CPAP dans le train. Et c’est parce que je devais le faire fonctionner dans le train que j’avais une batterie externe dans mes bagages.

Mon billet pour cette alternative imposée : Swiss au lieu du Nightjet.
Mon billet pour cette alternative imposée : Swiss au lieu du Nightjet.

Le lendemain, je suis dans l’avion. Sans mon EcoFlow, car elle est trop puissante pour le vol. La compagnie Swiss autorise les batteries portables dans les bagages à main uniquement jusqu’à 100 wattheures sans autorisation et jusqu’à 160 wattheures avec autorisation. Avec ses 245 wattheures, ma batterie est largement au-dessus.

Ce qu’en disent les CFF et l’ÖBB

Selon les CFF, la panne de la voiture 416 était due à un dysfonctionnement de l’alimentation électrique et c’est pour cette raison que la voiture comportant le compartiment multifonction a dû être fermée à partir de Zurich.

Interrogées à ce sujet, les CFF et l’ÖBB confirment que j’aurais donc dû en être informé dès samedi. Cependant, en raison d’un problème de communication entre les deux compagnies ferroviaires, cette information ne m’est pas parvenue. Les deux entreprises présentent leurs excuses et souhaitent analyser cet incident.

Voici à quoi aurait dû ressembler le compartiment multifonctionnel accessible à tous.
Voici à quoi aurait dû ressembler le compartiment multifonctionnel accessible à tous.
Source : ÖBB / Harald Eisenberger

Les CFF sont également clairs concernant l’alternative proposée : la place assise en 2e classe sans toilettes adaptées aux fauteuils roulants n’était pas équivalente. Il n’y avait toutefois pas de meilleure solution dans le même train, car celui-ci ne dispose que d’un seul compartiment accessible aux personnes à mobilité réduite, doté d’un accès adapté et de toilettes correspondantes.

Si ce compartiment est indisponible, les voyageurs concernés peuvent, selon les CFF, annuler leur voyage ou demander un remboursement a posteriori. Il n’existe pas de solution de remplacement dans le même train qui réponde aux normes prévues.

L’ÖBB m’a intégralement remboursé le prix du billet et m’offre en outre un bon d’achat d’une valeur de 49,90 euros.

Finalement, il n’y avait que moi qui étais prêt

Je n’ai pas pu tester la station d’alimentation dans le train, non pas parce qu’elle ne fonctionnait pas, mais parce que je n’ai tout simplement pas pu monter à bord. C’est là tout le sens de ce voyage : j’avais une solution au problème de la prise électrique peu fiable, mais personne n’avait de solution à la mise hors service du seul compartiment accessible aux personnes à mobilité réduite.

Pour inciter les gens à délaisser l’avion au profit du train, il faut plus que de bonnes intentions et de jolies photos de trains de nuit. Pour moi, il ne suffit pas qu’un compartiment accessible soit prévu quelque part dans le train, il faut aussi qu’il fonctionne. Et s’il ne fonctionne pas, il faut une meilleure alternative qu’une place dans une voiture avec des sièges sans toilettes adaptées aux fauteuils roulants.

Ma batterie était prête, mon CPAP était prêt, j’étais prêt, mais le train de nuit, lui, ne l’était pas.

Photo d’en-tête : Ramon Schneider

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