En coulisse

Kevin nous a roulés : de nombreux avis positifs viennent du fabricant

Michael Restin
16/2/2026
Traduction : Rose-Hélène Moquet

Le KEVIN.3 de Mitipi est un appareil censé simuler une présence et dissuader les cambrioleurs. Il s’avère qu’il a également exercé ses talents de simulateur dans les évaluations et commentaires sur Galaxus.

Il est rare qu’un simple test produit se transforme en une véritable enquête. Suite à mon analyse de la protection anti-effraction KEVIN.3 de l’entreprise fribourgeoise Mitipi, j’ai reçu de nombreux signalements d’avis suspects par mail et dans les commentaires.

Tout commence de manière inoffensive par une petite compétition pour savoir qui aura le commentaire le plus drôle. Le produit est sévèrement critiqué, notamment à cause de son prix. Se forme ensuite un contre-mouvement qui défend et chante les louanges de Kevin. On reproche alors au fabricant d’être à l’origine de ce revirement, puis viennent les accusations de diffamation. Bref, une journée comme les autres dans les commentaires.

Avons-nous ici affaire à un membre du personnel de Mitipi ?
Avons-nous ici affaire à un membre du personnel de Mitipi ?
Source : Capture d’écran galaxus.ch

Il s’avère que le premier reproche est en fait justifié, rendant l’autre caduc. En effet, de nombreux commentaires et, comme j’allais bientôt le découvrir, de nombreuses évaluations ont été rédigés par des membres de l’entreprise Mitipi. J’expose les faits au CEO Patrick Cotting et lui demande de prendre position dans un délai d’une semaine.

Ce qu’il fait, avec une certaine pugnacité. Il apprécierait que nous nous occupions également des évaluations fausses et diffamatoires. Les entreprises technologiques américaines et asiatiques utiliseraient des agences et des individus payés pour diffamer leurs concurrents potentiels, comme Mitipi. « Qu’allez-vous faire pour lutter contre cela ? », me demande M. Cotting.

Face à une telle affaire, nous n’avons pas l’intention de minimiser notre propre rôle. Je veux connaître le fin mot de l’histoire, et j’imagine que c’est également votre cas. Pour savoir ce que dit la loi et les éléments que je peux rendre publics, je commence par demander conseil à un expert.

La situation juridique initiale

Je contacte Martin Steiger, avocat et entrepreneur spécialisé dans le droit du numérique (site en allemand) qui avait conseillé une de mes collègues lors d’une affaire similaire. Comme à l’époque, il se réfère à l’article 3, paragraphe 1, alinéa b de la Loi fédérale contre la concurrence déloyale :

Agit de façon déloyale celui qui, notamment […] donne des indications inexactes ou fallacieuses sur lui-même, son entreprise, […] ses marchandises, ses œuvres, ses prestations […] ou ses affaires ou qui, par de telles allégations, avantage des tiers par rapport à leurs concurrents.
Article 3, paragraphe 1 alinéa b de la LCD

Cela englobe des évaluations dont il n’est pas indiqué qu’elles proviennent directement ou indirectement de l’entreprise, et non de tiers autorisés (c’est-à-dire les clients). Après m’avoir écouté lui expliquer l’affaire, il affirme : « Ce que vous décrivez correspond à cette situation juridique. Je pense qu’il en va de même pour les commentaires. »

En outre, M. Steiger cite l’article 2 de la LCD, selon lequel « est déloyal et illicite tout comportement ou pratique commerciale qui est trompeur ou qui contrevient de toute autre manière aux règles de la bonne foi et qui influe sur les rapports entre concurrents ou entre fournisseurs et clients ». Il part du principe que j’ai le droit d’écrire des articles journalistiques sur les évaluations problématiques sur lesquelles j’ai fait des recherches.

Et il termine en expliquant que « la question se pose de savoir comment Digitec Galaxus réagit lorsque ses propres règles du jeu en matière d’évaluation ne sont pas respectées ». C’est une bonne question.

Les règles des évaluations

Je demande à notre équipe en charge de la communauté si nos partenaires connaissent ces règles : « Tous reçoivent le règlement de la communauté, qui stipule clairement qu’évaluer ses propres produits n’est pas autorisé. » Toutefois, les distributeurs avec qui nous faisons équipe pour vendre des produits ne sont pas toujours les fabricants de ces produits. C’est le cas de Mitipi qui, en tant que fabricant, n’est pas notre partenaire direct. En cas d’infraction comme celle-ci, le Category Management contacte donc les distributeurs listés et leur demande de transmettre nos directives au fabricant.

En principe, tout le monde peut participer aux discussions. Distributeurs, entreprises et fabricants peuvent se présenter chez nous et réagir objectivement aux questions ou aux critiques dans les évaluations. Fabricants et distributeurs peuvent donc participer à la discussion. Pour ce faire, ils doivent se conformer à nos directives communautaires et disposer d’un compte d’utilisateur classique.

Pour celles et ceux qui n’ont pas été briefés et qui souhaiteraient évaluer un produit en tant qu’utilisateur, il existe un lien vers les Conditions de la communauté sous le champ de saisie. Elles nous permettent de nous y référer, mais il faut bien avouer qu’elles ne sont sans doute que rarement lues. Il est donc tout à fait possible qu’une personne rédigeant une évaluation ignore les règles et la situation juridique.

Lors de l’évaluation des produits, il n’est pas permis de présenter les produits de sa propre distribution de manière positive ni de présenter les produits concurrents sous un jour négatif.
Extrait des Conditions de la communauté chez Galaxus

Les spams avec formulations toujours identiques et posts publiés à la chaîne sont relativement faciles à reconnaître. Les fausses évaluations « faites à la main » sont plus difficiles à repérer. Si elles ne sont pas signalées ou si nous ne tombons pas dessus par hasard, il est pratiquement impossible de toutes les démasquer. Nous dépendons donc de la communauté.

En cliquant sur les trois points, vous pouvez signaler commentaires et évaluations.
En cliquant sur les trois points, vous pouvez signaler commentaires et évaluations.
Source : Capture d’écran galaxus.ch

Lorsqu’une évaluation est signalée comme étant fausse, notre équipe vérifie le compte utilisateur de son auteur et lance alors des recherches sur la personne en consultant des sources accessibles au public et des outils de « social listening » comme Brandwatch. « Pour supprimer une évaluation, nous devons être à 100 % sûrs qu’elle constitue une infraction au règlement », m’explique-t-on.

Les évaluations au microscope

Les utilisatrices et utilisateurs satisfaits du KEVIN.3 ne se sont pas contentés de s’exprimer dans les commentaires de mon article. Les 12 et 13 janvier, quatre nouvelles évaluations cinq étoiles ont été attribuées à l’appareil. Ici, l’infraction ne fait aucun doute.

  • La première évaluation vient d’un membre du conseil de Mitipi. L’infraction étant clairement établie, notre équipe l’a supprimée.
  • La seconde provient d’une personne de l’entourage de l’entreprise. Comme nous ignorons si elle est impliquée d’une manière ou d’une autre chez Mitipi, nous n’avons pas supprimé son évaluation.

Faire appel à son entourage n’est pas un problème : « Les entreprises ont le droit de demander des évaluations », explique l’avocat Martin Steiger. « Le cas échéant, il s’agit forcément d’évaluations positives. » Si les évaluations qui en résultent sont volontaires et que leur contenu est exact, notre expert ne pense pas que cela pose problème. « Pour que le contenu soit dit exact, il faut que la personne à qui l’on demande une évaluation soit en mesure de juger le produit. » Dans le cas contraire, on se retrouve rapidement en situation de concurrence déloyale.

Une vingtaine de minutes après la première fausse évaluation, KEVIN.3 récolte à nouveau cinq étoiles. Là encore, l’évaluation provient directement de Mitipi. Elle a été attribuée par un compte nouvellement créé et supprimé par notre équipe. Peu de temps après, une autre critique est publiée, sans qu’il soit possible de savoir à 100 % d’où elle vient. Nous décidons donc de la laisser en ligne.

Achats vérifiés vs non vérifiés

Ce que je remarque tout de suite, c’est qu’aucune de ces quatre personnes ayant évalué l’appareil ne l’a acheté chez nous. Afin de disposer d’un maximum d’avis utiles sur un maximum de produits, Galaxus permet à tout le monde de tout évaluer.

À ce jour, n’importe quelle personne inscrite chez Galaxus peut évaluer des produits.
À ce jour, n’importe quelle personne inscrite chez Galaxus peut évaluer des produits.
Source : Capture d’écran galaxus.ch

Lorsque l’auteur de l’évaluation a effectivement acheté le produit chez nous, cela est précisé. Patrick Cotting ne voit pas cette pratique d’un bon œil. D’autres plateformes n’autorisent que les évaluations de clients qui ont acheté le produit en question, alors que chez nous, les armées d’influenceurs et posteurs d’avis d’autres entreprises tech auraient le champ libre.

Il est vrai que chez Galaxus, il suffit d’avoir un compte utilisateur pour laisser une évaluation. Mais si l’on regarde l’ensemble de notre assortiment, les étoiles et évaluations écrites sont en large majorité attribuées par des acheteuses et acheteurs.

Je décide donc de consulter les 21 évaluations que KEVIN.3 a reçues entre octobre 2024 et début février 2026. En incluant celles qui ont été supprimées, six d’entre elles proviennent d’achats vérifiés, et une vient de moi (« testé par la rédaction »). Voici la synthèse :

Note moyenne achat vérifié/test : ⭐️⭐️⭐️
Deux clientes ou clients déçus tirent la moyenne vers le bas avec une étoile chacun. L’un d’entre eux attribue trois étoiles, les quatre autres quatre étoiles.

Note moyenne achat non vérifié : ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️
Les 14 personnes n’ayant pas acheté l’appareil chez nous attribuent toutes la meilleure note.

Cette proportion est inhabituelle, tout comme l’excellent départ du produit.

Lorsque KEVIN.3 arrive dans notre assortiment, il reçoit ses trois premières évaluations le 31 octobre 2024. La première vient d’une personne qui ressent « un tout nouveau sentiment de sécurité » et ne cite aucun point négatif. En soi, ce n’est pas grave. La seconde, rédigée par un membre de l’équipe Mitipi, salue « une formidable amélioration de la qualité » et le développement de l’entreprise Mitipi.

Voici l’évaluation aux airs de louanges rédigée par un membre de Mitipi.
Voici l’évaluation aux airs de louanges rédigée par un membre de Mitipi.
Source : Capture d’écran galaxus.ch

On continue sur la même lancée : soit les critiques sont attribuées à Mitipi, soit on remarque que ces personnes ont aussi évalué la première génération du Kevin peu après sa mise en vente. Pour le savoir, il suffit de cliquer sur le profil correspondant dans « Communauté ». Quoi qu’il en soit, la mission a été accomplie et le produit se retrouve avec une note de cinq étoiles.

Arrivent ensuite les premières critiques de personnes ayant acheté l’appareil chez Galaxus. On y trouve des éloges et des critiques allant de une à quatre étoiles, soit une image plutôt réaliste de la satisfaction de la clientèle.

Je ne vois pas de preuves selon lesquelles des concurrents chercheraient à nuire au produit. Les critiques proviennent exclusivement d’acheteuses ou acheteurs vérifiés. L’influence n’est exercée qu’en faveur de Mitipi.

Sur ce point, Patrick Cotting a raison : c’est très simple. En tant qu’utilisateur, je n’ai pas d’aperçu rapide des évaluations provenant de la clientèle de Galaxus et je ne peux pas utiliser de filtre pour les afficher. Le classement par défaut (« plus utile ») peut être manipulé avec quelques upvotes pour faire apparaître les évaluations souhaitées en premier. Mieux vaut jeter un coup d’œil à l’aperçu et rechercher des évaluations équilibrées. La vérité se situe souvent quelque part au milieu.

Rechercher des évaluations équilibrées permet d’avoir une vue d’ensemble plus exacte.
Rechercher des évaluations équilibrées permet d’avoir une vue d’ensemble plus exacte.
Source : Capture d’écran galaxus.ch

L’histoire se répète

Tant que j’y suis, je décide de consulter les évaluations de la première génération de Kevin. Même si l’appareil n’est plus disponible en boutique, il est utile pour notre enquête, car certains comptes ont évalué uniquement ces deux produits à cinq ans d’intervalle.

Je retombe sur le même schéma. Tout commence de manière brillante avec certaines évaluations directement attribuables à des membres du personnel de Mitipi. On s’étonne alors que le critique soit « agréablement surpris ».

Ce qui m’étonne, c’est que cette « aide au démarrage » n’ait finalement pas eu une grande influence. Au fil des années, 39 acheteuses et acheteurs vérifiés ont attribué au produit une note moyenne de 3,8 étoiles contre 3,9 étoiles pour les autres. Ici, le résultat est beaucoup plus réaliste.

Là encore, rien n’indique un quelconque désir de nuire au produit. Seules trois évaluations à une ou deux étoiles ne proviennent pas d’acheteurs vérifiés. Tous trois critiquent le produit dans le cadre des règles et ont déjà évalué plusieurs autres produits en bien comme en mal.

Comme pour le KEVIN.3, les excellentes évaluations du début proviennent de Mitipi. Sur d’autres portails de vente, je remarque également que la nouvelle génération de l’appareil a récolté ses évaluations en l’espace de quelques jours ou semaines. Toutes sont positives et truffées de formulations qui me sont familières.

Publicité clandestine

S’il est bien normal que les membres du personnel du fabricant apprécient leurs propres produits, ils ne doivent pas pour autant les évaluer. Des personnes de l’entourage d’une entreprise peuvent légitimement donner des évaluations positives sur un produit, comme expliqué dans les conditions décrites précédemment. Ce ne serait pas le cas s’ils détenaient une quelconque participation dans l’entreprise. Les dernières semaines ont montré que la situation n’est pas entièrement claire sur ce point.

Dernièrement, Mitipi était à la recherche d’investisseurs.
Dernièrement, Mitipi était à la recherche d’investisseurs.
Source : Capture d’écran conda.ch

En novembre 2025, quelqu’un a de nouveau fait l’éloge du « produit génial » dans un avis publié sur Galaxus et remercié le CEO sur LinkedIn pour son excellent travail. Comme cela ne constitue pas une preuve irréfutable d’investissement, l’évaluation ne sera pas supprimée. Cependant, il est intéressant de noter qu’à cette époque, Mitipi était en pleine recherche d’investisseurs.

Après cette campagne, 153 nouveaux investisseurs et investisseuses ont donc intérêt à ce que Mitipi se porte bien. Ont-ils le droit d’évaluer les produits de l’entreprise ? J’ai demandé conseil à notre expert avocat.

« Lorsqu’un investisseur évalue positivement en ligne une entreprise dans laquelle il détient une participation, il est probable que cette évaluation positive soit motivée par l’intérêt personnel », m’explique Martin Steiger. Et comme l’investissement n’est pas divulgué, le caractère publicitaire n’est pas reconnaissable : « Pour moi, cela constitue de la publicité clandestine. »

Vu de l’extérieur, impossible de savoir si c’est le cas et quelles évaluations seraient concernées, que ce soit chez Mitipi ou d’autres entreprises.

Commentaires anonymes

Chez nous, il est plus facile de suivre ce qu’il se passe dans les commentaires, dont je vais retracer les grandes lignes. Mon article est publié le 9 janvier. Quelques jours plus tard, le CEO et au moins une autre personne de l’entreprise interviennent dans les commentaires, ce que je peux comprendre.

En effet, comme souvent, ces derniers sont très divisés. L’un s’attaque au prix, un autre en rajoute une couche, un autre enfin estime que le produit n’a aucune raison d’être. Les commentaires les plus virulents bénéficient d’upvotes de la communauté.

Quand on est attaqué de cette manière (qui plus est anonymement), il est normal de vouloir réagir. Quiconque se sentirait diffamé a la possibilité de signaler les commentaires et de communiquer ouvertement au nom de son entreprise. Mais là aussi, on a eu recours à l’anonymat. On commence par des arguments de fond, puis un deuxième compte, nouvellement créé, vient commenter dans le style classique d’un client satisfait.

En lisant les évaluations et les commentaires sous l’appareil de première génération, on constate que cela n’est pas arrivé une seule fois sous le coup de l’émotion. Il y a des années déjà, le même avis entraînait des réponses ouvertes (comme ce devrait être le cas) et anonymes.

Les commerçants et les fabricants peuvent répondre ouvertement aux commentaires et aux évaluations.
Les commerçants et les fabricants peuvent répondre ouvertement aux commentaires et aux évaluations.
Source : Capture d’écran galaxus.ch

En vérité, ces avis « vengeurs » de clientes et clients insatisfaits constituent un véritable problème pour les fournisseurs. Ici, l’entreprise a réagi à des remarques négatives qui critiquaient l’application, explique Patrick Cotting. « Nous venions tout juste de sortir la mise à jour de l’application. » Et comme les avis provenant de Mitipi sont toujours supprimés alors que les remarques négatives restent, il a décidé d’y répondre en tant qu’utilisateur anonyme.

Les commentaires supprimés restent dans notre système. Je n’y ai trouvé aucune preuve de cette accusation ni aucun message de Mitipi ayant été supprimé.

Ce qui est sûr, c’est que le client déçu en question avait bien acheté le produit à l’époque. Il trouve l’idée bonne et les matériaux de qualité, mais exprime également sa frustration. Cependant, il n’a jamais été question que des avis existants soient modifiés ou supprimés après que le produit a été amélioré par une mise à jour. Une évaluation de produit constitue toujours un instantané, ce qui est clairement visible chez Galaxus grâce à l’indication de la date.

Plus les produits et les problèmes sont décrits de manière objective, mieux c’est pour toutes les parties concernées.

Les évaluations de produits doivent être factuelles et se rapporter aux propriétés, aux fonctionnalités, à la conception du produit. En cas de retard de livraison ou de défaut, merci de contacter le service client.
Conditions de la communauté Galaxus

Les avis rédigés avec frustration et les commentaires haineux ne changent rien au fait que le fabricant a systématiquement caché son jeu et enfreint les règles.

Galaxus est accusé de nuire aux start-up et aux PME suisses

Se référant aux pratiques des entreprises tech internationales, Patrick Cotting me demande si nous nous contentons de nous adresser aux start-up et PME suisses, en sachant qu’elles donneront forcément suite. « Apple, Google et Cie » n’auraient jamais répondu. Il nous reproche en substance de laisser faire les plus grands, avec leurs possibilités illimitées d’influence, et de sévir contre les plus petits.

L’accusation est sévère. Pour nos tests, nous choisissons des produits nouveaux ou qui nous semblent intéressants. Nous mettons souvent en lumière les innovations d’entreprises locales. Jusqu’à présent, nous avons toujours essayé de donner la priorité aux produits suisses. Et lorsque ces derniers s’avèrent convaincants une fois testés, tout le monde est content.

Mais lorsque la communauté nous signale que quelque chose ne va pas, nous nous devons d’y prêter attention, sans quoi nous ne pourrions plus prétendre travailler de manière indépendante. Quel genre de rédaction serions-nous si nous passions sous silence des reproches justifiés ?

Plusieurs entreprises locales ont fait l’objet de signalements :

  • En 2022, la marque de beauté Serinita a fait l’objet de critiques en raison de fausses évaluations et autres tricheries.

S’il était prouvé que Tim Cook évalue des iPhone et des MacBook chez nous, nous en parlerions également. J’ignore si nous pourrions obtenir une prise de position à ce sujet, et je ne sais pas non plus si nous sommes suffisamment pertinents pour que des entreprises de cette taille nous soupçonnent d’exercer une influence dans les avis par le biais « d’agences et d’individus rémunérés ». J’en doute fortement.

Peut-être que cela se produit plutôt à plus petite échelle, lorsque des produits reçus gratuitement sont évalués par des « Clubs » ou que l’influence exercée est plus subtile. Nous ne pouvons pas être sur tous les fronts, et il faut bien admettre que les conséquences juridiques sont rares.

Peu de procédures pour évaluation déloyale

La question de savoir si un comportement est effectivement illicite doit être examinée au cas par cas, m’explique notre expert juridique Martin Steiger. Les autorités de poursuite pénale et les tribunaux sont compétents en la matière, et une plainte peut être déposée auprès de la Commission suisse pour la Loyauté. Selon son expérience, cela n’arrive que rarement. Cela représenterait un effort considérable pour les personnes concernées, sans compter que les priorités des autorités pénales, souvent surchargées, sont ailleurs.

Dans la pratique, j’ai l’impression qu’en Suisse, les évaluations déloyales entraînent rarement des procédures juridiques.
Martin Steiger, avocat spécialisé dans le droit du numérique

J’imagine que se faire démasquer avec de telles pratiques, c’est un peu comme être un coureur cycliste accusé de dopage dans les années 90 : finalement, on fait ce que font les autres pour rester compétitif en donnant au public ce qu’il demande pour qu’il nous remarque.

Nous avons tous l’habitude de lire les meilleures évaluations, même si l’on sait bien qu’elles ne sont pas toujours entièrement honnêtes. Certains criminels utilisent les faux avis comme moyen de chantage. Et on peut souvent être tenté de se donner un petit coup de pouce.

Les actions de Galaxus contre les fausses évaluations

Pour être honnête, peu de choses ont changé depuis les cas similaires du passé. La procédure d’évaluation est restée la même et les directives indiquent désormais plus explicitement ce qui n’est pas autorisé. Voici les mesures que nous avons mises en place :

  • possibilité de filtrer les spams évidents.
  • Pour les fausses évaluations plus discrètes, nous dépendons des signalements de la communauté.
  • Si notre équipe peut prouver sans l’ombre d’un doute qu’une infraction a été commise, l’évaluation sera supprimée. En cas de récidive, les utilisateurs seront bannis.
  • Les distributeurs connaissent nos directives et peuvent briefer les fabricants en conséquence. Ils sont tenus informés des infractions.
  • Nous rendons publiques les infractions plus graves, comme ici, lorsqu’elles concernent des produits que nous avons testés nous-mêmes.
  • Nos collègues du service Product Development examinent les modifications techniques afin d’avoir le plus grand nombre possible d’évaluations utiles sur Galaxus.

Nous sommes une communauté ouverte et rien n’indique que cette approche soit exploitée à grande échelle. La proportion d’avis non vérifiés est infime, de l’ordre de moins de 10 %. Ceux-ci ont en moyenne moins d’étoiles et sont formulés de manière plus critique que les avis rédigés par les acheteurs et acheteuses.

Nous devons donc vraiment veiller à ce que personne ne soit systématiquement dénigré. Comme nous l’avons vu, cela n’a pas été le cas pour Mitipi. Si Patrick Cotting critique notre système d’évaluation, je ne l’ai pas encore entendu faire sa propre auto-critique.

L’historique de mon article de test

Pour nos analyses, nous utilisons des produits que nous possédons déjà, que le Category Management, en contact direct avec les distributeurs, nous fournit, ou que nous commandons sur notre boutique ou auprès du fabricant.

En novembre, lorsque j’ai demandé au Category Management s’il était possible d’avoir un KEVIN.3, proposé par de nombreux distributeurs et revendeurs chez nous, il s’est avéré que le service n’avait pas de contact direct. J’ai donc écrit à Mitipi. Le CEO m’a répondu le jour même : le produit allait m’être envoyé dans les prochains jours et il se tenait à ma disposition pour toute question.

Je l’ai contacté après mon test et ai toujours reçu des réponses rapides et utiles. Personne n’a essayé de m’influencer et j’ai décidé moi-même de tester l’appareil. J’ai fini par donner au KEVIN.3 la note de 4 étoiles et je n’ai pas changé d’avis.

Le mot de la fin

Nous voulons être aussi ouverts et transparents que possible, et c’est dans ce but que j’ai écrit cet article. Mon sentiment : quelqu’un a dépassé les bornes tout en sachant qu’il n’était pas le seul à le faire. C’est un comportement que l’on peut critiquer, tout comme on peut critiquer le produit, Galaxus, ou l’auteur de cet article. Mais il est important que ces critiques restent objectives afin qu’une véritable discussion puisse se développer et que nous puissions tous en tirer quelque chose. Je suis curieux : quel est votre point de vue sur le sujet et comment pourrions-nous améliorer la situation ?

Cet article plaît à 429 personne(s)


User Avatar
User Avatar

Écrivain amateur et père de deux enfants, j’aime être en mouvement et avancer en équilibre sur le chemin sinueux de la vie de famille. Je jongle avec plusieurs balles et il m’arrive parfois d’en faire tomber une. Il peut s’agir d’une balle, ou d’une remarque. Ou des deux. 


Smart home
Suivez les thèmes et restez informé dans les domaines qui vous intéressent.

Habitat
Suivez les thèmes et restez informé dans les domaines qui vous intéressent.

En coulisse

Des informations intéressantes sur le monde des produits, un aperçu des coulisses des fabricants et des portraits de personnalités intéressantes.

Tout afficher

Ces articles pourraient aussi vous intéresser

  • En coulisse

    Play Suisse : « À dix-sept contre Netflix »

    par Luca Fontana

  • Guide

    Débuter en domotique, 11e partie : Ajax

    par Raphael Knecht

  • Guide

    Débuter dans la domotique, 5e partie : Devolo

    par Raphael Knecht

129 commentaires

Avatar
later