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Huawei P20 Pro: voici la nouvelle norme

Dominik Bärlocher
Zurich, le 06.04.2018
Huawei essaie, avec le matériel de l’année précédente, de conquérir le marché avec son P20 Pro. Le téléphone n’est pas seulement bien, il est même très bien. Il est certainement l’un des meilleurs téléphones de cette nouvelle année. Cependant, Huawei soulève des questions auxquelles l’industrie doit se confronter.

Si vous lisez les messages publicitaires de la majorité des fabricants, de nouvelles normes naissent presque toutes les deux semaines selon leur département marketing. Samsung établit de nouveaux standards avec l’appareil photo. Apple a le «best ever» de presque tout chaque année et Leagoo établit le standard pour ce qui est de la batterie avec 7000 mAh. Jusqu’à présent, le truc des standards n’a jamais vraiment fonctionné. Les téléphones étaient souvent trop similaires ou les mises à jour n’étaient souvent qu’incrémentielles. Un excellent exemple est le Samsung Galaxy S9 paru cette année. C’est une mise à jour par rapport au prédécesseur, mais il n’établit pas de nouveaux standards.

Et maintenant: Huawei P20 Pro. Le portable qui deviendra certainement le téléphone de l’année.

Des standards. De partout. Le Huawei P20 Pro est l’un des meilleurs téléphones que j’ai eus en main. Le Huawei P20 Pro se rapproche le plus des promesses d’établissement de standards comparés à tous les téléphones des cinq dernières années.

Matériel de l’année précédente, mais pas lent pour autant

Au premier abord, le Huawei P20 Pro est d'aspect plutôt modeste. Il n’a pas de slogan marketing accrocheur. La petite phrase «La renaissance de la photographie» est ce qui s’en rapproche le plus. Les lettres A et I de «renaissance» sont rouges, car l’intelligence artificielle est profondément ancrée dans l’appareil photo et travaille de manière active à l’image. L’intelligence artificielle (IA) est la même Neural Processing Unit (NPU) qui était présente dans le modèle précédent. Car la plateforme du P20 Pro est la même que celle du téléphone de l’année dernière: Kirin 970 System-on-a-Chip (SoC).

Le Huawei P20 Pro convainc sur toute la ligne, malgré un design de matériel un peu dépassé.
Le Huawei P20 Pro convainc sur toute la ligne, malgré un design de matériel un peu dépassé.
Thomas Kunz

L’industrie veut vous faire croire que seul le dernier SoC peut vous apporter de bonnes performances. Huawei fait preuve de courage en utilisant le 970 cette année. Car la concurrence ne dort pas. Exynos et Qualcomm sortent tous deux de nouveaux SoC sur le marché. Est-ce que Huawei serait devenu flémard? Ou arrogant?

Ni l’un ni l’autre. Le test montre que la plateforme 970 en a dans le ventre. Presque aucun téléphone de la rédaction n’est plus rapide. Cela se voit surtout lors du déverrouillage. Le capteur d’empreintes, tout comme la reconnaissance faciale, a besoin de bien moins d’une demi-seconde pour passer de «l’écran allumé» à l’écran d’accueil déverrouillé. Les applis se lancent avec une rapidité que je n’ai jamais vue auparavant. Traitement des données et animation: fluides.

Bref: pour l’utilisation du Huawei P20 Pro, je ne peux faire que des éloges.

Ce que cela signifie pour le marché

Rien que le bout de phrase «matériel de l’année précédente» devrait faire dresser l’oreille des connaisseurs. Le fait qu’une entreprise mise sur une technologie dépassée pour son cycle d’innovation et nomme encore le tout «produit phare» est une nouveauté dans la génération actuelle. Le Kirin 970 a été présenté à l’IFA en automne 2017 – il a donc environ sept mois. Un âge critique.

À moins qu’il n’y ait autre chose à venir à l’IFA 2018 en septembre.

Bon, le matériel est fixe. Mais où est-ce que Huawei trouve toute cette puissance supplémentaire? Entre autres dans le logiciel. En l’utilisant, il est clair que Huawei a énormément retravaillé le logiciel. L’entreprise chinoise peut ainsi mettre la pression aux autres fabricants qui aiment se faire attendre pour leurs mises à jour. Huawei montre clairement qu’on peut faire encore plus. Un premier nouveau standard auquel tous les fabricants devront se mesurer à l’avenir.

Même avec le matériel de l’année précédente, le Huawei P20 Pro surpasse la concurrence
Même avec le matériel de l’année précédente, le Huawei P20 Pro surpasse la concurrence
Thomas Kunz

Car si un logiciel arrive à faire une telle différence avec un matériel de l’année dernière et écraser toute la concurrence, des questions se posent:

  • Que pourrait faire un logiciel bien optimisé avec un matériel actuel?
  • Pourquoi est-ce que le cycle d’innovation devrait être d’un an?

Mais surtout: si un téléphone se trouve dangereusement proche ou même au-dessus de la limite des 1000 francs grâce au cycle d’innovation annuel, pourquoi dépenser 1000 francs quand l’ancien matériel livre de telles performances avec un nouveau logiciel? Si l’on produit un SoC et répartit la production sur deux ans, on peut faire baisser le prix. Car le P20 Pro livre bien plus qu’un téléphone de 1000 francs.

Le P20 Pro déclare clairement la guerre à la concurrence.

L’assemblage matériel/logiciel n’est pas assez pour Huawei. Il y a encore cette histoire d’appareil photo et de batterie.

Samsung, il va falloir mettre les bouchées doubles

Le Huawei P20 Pro ressemble à une déclaration de guerre au marché, particulièrement à Samsung. Il y a quelques semaines, Samsung a promis une révolution de l’appareil photo avec le Galaxy S9. Ce dernier devrait surtout être performant quand la lumière est mauvaise, dit Samsung.

Pour contrer, Huawei intègre trois appareils photo et, au lieu d’une DRAM dédiée, l’infrastructure du Kirin à la caméra. À cela s’ajoute des spécifications impressionnantes comme un zoom optique 5 fois et une ouverture de f/0.95 avec un capteur d’image de 1/1.7 pouce. Rien qu’au niveau des chiffres, ce qui me vient à l’esprit pour le Galaxy S9 est «bien essayé».

Trois appareils photo et une intelligence artificielle devraient livrer des images comme on n’en a encore jamais vues.
Trois appareils photo et une intelligence artificielle devraient livrer des images comme on n’en a encore jamais vues.
Thomas Kunz

En pratique, le résultat est similaire, même si la productrice vidéo Stephanie Tresch et moi n’avons pas pu reproduire, à Paris, le même test que nous avions fait avec le S9 dans la forêt zurichoise. Le contexte du test était le suivant: tout mettre en mode auto, prendre des photos et voir ce qui se passe.

Le Huawei P20 Pro fonctionne légèrement différemment. Comme l’appareil photo analyse chaque image, il reconnaît rapidement ce que vous souhaitez photographier. Quand l’appareil reconnaît un visage, il passe en mode portrait avec effet bokeh, que vous pouvez activer ou désactiver. Un réglage en continu devrait être possible, mais je n’ai pas trouvé les réglages. Mais il me semble l’avoir vu quelque part. Si vous photographiez un paysage, l’appareil photo s’optimise. Des animaux? L’appareil photo gère. La nourriture? Idem.

La nuit tombe. Le téléphone passe en mode nuit. Le mode nuit est un moment de la keynote qui reste en mémoire. Le CEO de Huawei, Richard Yu est ravi du mode nuit et mentionne souvent «Long Exposure», c’est-à-dire exposition longue durée.

Il n’a même pas vu les fleurs rouges à l’œil nu. Mais l’appareil photo n’aurait pas seulement vu les fleurs, mais aussi leur couleur. Sur l’image, on peut vraiment voir des fleurs rouges. Cependant, en pratique, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une exposition longue durée. Ou pas seulement. Car, si je regarde le système de l’appareil plus précisément, je remarque que le Kirin Engine est de partout et qu'il m’aide. Ou pense m’aider.

Le résultat est incontestable. Les images de nuit sont belles et très réussies. Bien entendu, une comparaison avec la concurrence s’impose. Je prends donc mon Samsung Galaxy S9+ et mon Huawei P20 Pro, un shoulderpod et un trépied. Je laisse les réglages sur automatique – Samsung avec DRAM et Huawei avec Kirin. Comme Livia Gamper est aussi de la partie, nous testons également le Wiko View 2. Certes, le portable bon marché français va perdre, mais est-il vraiment quatre fois moins bien que les produits phares?

Une nuit à Zurich

Dans la nuit, Livia et moi nous déplaçons dans Zurich. Nous cherchons un endroit pas trop laid où lumière et obscurité se rencontrent. Comme nous souhaitons le tableau le plus similaire possible avec chaque appareil, nous avons emporté un trépied et des parties d’un shoulderpod pour pouvoir visser le smartphone sur le trépied.

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Durant le test, le Huawei P20 Pro présente un comportement un peu incohérent. Même si rien ne change pour l’œil humain, le mode automatique décide parfois de faire une exposition longue durée de jusqu’à 30 secondes et parfois une prise de vue rapide. Les autres modèles font tous une prise rapide. Pour la comparaison, nous laissons donc le cliché pris avec exposition longue de côté, même s’il est très réussi.

Huawei P20 Pro

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Pris avec le Huawei P20 Pro
*Huawei P20 Pro**: Die drei Kameras aus Parisvidéo
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Samsung Galaxy S9+

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Pris avec le Samsung Galaxy S9+
Le *Samsung Galaxy S9** ne révolutionne rien, mais il est vraiment bien!vidéo
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Huawei Mate 10 Pro

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Pris avec le Huawei Mate 10 Pro
*Huawei Mate 10 Pro**: chic, solide et stylé
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Wiko View 2

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Pris avec le Wiko View 2
*Wiko am MWC**: Ein bisschen Essential, ein bisschen grossartigvidéo
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Mais la situation est la suivante: durant le test, je n’arrive à aucune conclusion à part «les images sont bien». Surtout, je dois encore découvrir comment les trois appareils photo fonctionnent ensemble et spéculer sur le rôle que joue la plateforme Kirin dans le tout. J’étudie donc la question de plus près.

Comme les clichés pris sont assez similaires, surtout la comparaison entre le Galaxy S9+ et le P20 Pro j’ai chargé les images non retouchées sur notre serveur de téléchargement. Ainsi, vous pouvez zoomer dessus et analyser chaque pixel séparément. Ça en vaut la peine, surtout en bas à droite vers le ponton et en haut à gauche vers le logo Migros. Sinon, les lanternes et la profondeur du cours d’eau sont aussi intéressantes.

Qu’en est-il du reste?

Le reste du Huawei P20 Pro est tout aussi convaincant, même si parfois il faut faire des modifications ou jeter un deuxième coup d’œil.

Le design avant est particulièrement frappant. Alors que tous les fabricants, surtout Apple, ont aboli le bouton d’accueil, Huawei y tient dur comme fer. Seulement, il ne s’agit pas d’un bouton, mais d’une surface tactile délimitée. Elle sert également de détecteur d’empreintes digitales. En haut, une sorte d’encoche, appelée notch, accueille le haut-parleur d’oreille et l’appareil photo avant. Les notches sont très controversés, car, si le logiciel est mal optimisé, ils cachent une partie de l’écran. Chez Huawei, ce n’est pas vraiment un problème, mais les critiques en ligne restent grandes. Pour ma part, il ne me gêne pas; les notches ne m’ont jamais posé problème. Au contraire, je trouve fascinant de voir la limite entre écran et matériel devenir floue.

Soit le notch est rendu transparent au niveau du logiciel, soit il n’interfère pas dans la manipulation du téléphone
Soit le notch est rendu transparent au niveau du logiciel, soit il n’interfère pas dans la manipulation du téléphone
Thomas Kunz

Ensuite, il y a l’histoire du jack pour les écouteurs. Le Huawei P20 Pro n’en a plus. Le #donglelife ne me gêne pas vraiment non plus, mais avec le P20 Pro, c’est la première fois que je me suis énervé de ne pas pouvoir charger mon téléphone et écouter de la musique en même temps. Ce n’est pas parce que la batterie est, comme le concurrent S9, faible, mais parce que j’utilise le téléphone beaucoup plus souvent qu’avec les autres appareils de test. Après 16 heures de fonctionnement, la batterie commençait lentement à s’épuiser sur le trajet Saint-Gall–Zurich. La fameuse alerte des 15% s’affiche. Cela n’aurait pas vraiment été un problème puisque j’avais mon chargeur de secours dans mon sac à dos, mais je voulais aussi écouter de la musique. J’ai dû me décider. J'ai opté pour la musique.

Nous nous reverrons à la fin de l’année

Je vais prendre des risques: le Huawei P20 Pro est le téléphone de l’année. Certes, l’année n’est pas très avancée, mais pour que la concurrence puisse tenir tête au mobile en question, elle doit mettre les bouchées doubles. Le P20 Pro dépasse tout simplement le Galaxy S9 et relègue le plus grand fabricant de puces au monde à la deuxième place.

Huawei définit de nouvelles normes. Pas seulement pour ce qui est de la qualité d’image et l’intelligence artificielle, mais aussi dans la manière dont l’industrie gère le matériel et fait sa planification.

Bravo, Huawei.

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Dominik Bärlocher
Dominik Bärlocher
Senior Editor, Zurich
Journaliste. Auteur. Hackers. Je suis un conteur d'histoires à la recherche de limites, de secrets et de tabous. Je documente le monde noir sur blanc. Non pas parce que je peux, mais parce que je ne peux pas m'en empêcher.

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